Espace Lino Ventura

Art en vue

Bertrand Godard

Une grande fresque couvre toute la façade arrière du bâtiment de deux étages qui abrite l’Espace Lino Ventura, à la fois maison de quartier et centre social. Elle représente un paysage de montagnes boisées encadrant des cascades en série ; des ruines évoquent d’anciens temples ; la végétation et la faune exotiques font penser à l’Amérique latine. Elle a été peinte en 2009 par un jeune artiste, Bertrand Godard, qui la signe d’un énigmatique « XπJ ».

Cette fresque a été commandée par la Ville suite à une protestation des habitants du Square du Clos de Villaine. Pour comprendre, il faut revenir à quelques années plus tôt. En octobre 2002, un groupe de jeunes du Square agressent une militante associative du quartier. Ce qui révèle au grand jour les difficultés du Square, problèmes sociaux et trafics illicites. Une réflexion est engagée qui conduit au réaménagement du quartier. Les jeunes réclamant « une aire de jeu et une maison de quartier » , c’est le bâtiment qui sera le premier construit. Mais, conçu dans l’urgence alors que la Ville ne possède que peu de terrain sur place, la nouvelle structure se trouve trop proche du n°4 du Square du Clos de Villaine. Pour améliorer autant que possible la vue des voisins sur le mur aveugle qui bouche leur horizon, il est prévu un « paysage végétal et lumineux ».

Né en 1975, Bertrand Godard a été élève du peintre Vladimir Vélickovic à L’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Sa première grande série artistique commence en 1995. En 2001, il crée à Paris l’Atelier TramarT. Selon la présentation de l’atelier, « le matériel du sérigraphe côtoie les pinceaux du peintre. […] Alors que les alchimistes cherchent à transformer en or la « materia prima¨, ici point de formule magique ni d’espoir de richesses mais la récupération d’objets divers et leur intégration sur toile ou en volume suite à une observation et une réflexion aussi bien analytiques que synthétiques. Le nom même de l’atelier montre qu’il faut bien regarder les choses par les deux bouts de la lorgnette et que, s’il ne sied pas de parler de réincarnation pour les objets, il est néanmoins possible de les revisiter perpétuellement. »

La Danseuse

Art en vue

Toros Rasgélénian

La statue en bronze La Danseuse (lors d’un entretien, le sculpteur révèle que pour lui « La danse est une prière ») se trouve allée d’Arménie dans un hémicycle boisé bordant un bassin d’orage en contrebas, aménagé pour lutter contre des crues centenaires. Au bas de la statue, quelques lignes d’Alexandre Dumas, extrait de Le Caucase, publié en 1859 : « C’est en Arménie qu’était situé le paradis terrestre. C’est en Arménie que prenaient leur source les quatre fleuves primitifs qui arrosaient la terre. C’est sur la plus haute montagne de l’Arménie que s’est arrêtée l’arche. C’est en Arménie que s’est repeuplé le monde détruit. »

À l’origine de ce projet, Gérard Mavian, conseiller municipal, qui, dans la perspective de la commémoration du centenaire du génocide arménien (1915) demande à Vincent Delahaye, maire de Massy, de marquer cet évènement. 

Après des recherches effectuées par le Directeur de Cabinet, le sculpteur Toros est choisi car il avait déjà réalisé des œuvres en France sur le même thème, en particulier à Marseille, le premier monument au monde commémorant ce génocide. L’inauguration de la statue a eu lieu en 2008.

Toros Rasguélénian, dit Toros Rast-Klan, dit Toros (nom d’un oncle qui mourut brûlé dans une église avec trois cents enfants lors du génocide) est né à Alep (Syrie) le 12 décembre 1934 dans une famille arménienne modeste originaire d’Ourfa. Il quitte l’école à 11 ans et exerce divers métiers avant de travailler le métal : soudeur à l’arc, serrurier, ferronnier. 

À 25 ans, il a sa propre entreprise de ferronnerie et fabrique des lits et des poêles. Au cours d’un voyage en Arménie (alors en URSS) en 1962, il découvre la statue équestre de David de Sassoun, héros d’une épopée populaire arménienne, qui est pour lui une révélation. De retour à Alep, il se met à la sculpture du métal, réalise des fontaines et après plusieurs expositions, il obtient en 1966 le premier prix de sculpture pour L’Émancipation de la femme arabe. En 1967, il décide de se rendre en France pour suivre des études artistiques. Il rencontre des peintres et des sculpteurs qui le dissuadent d’entrer aux Beaux-Arts. Il s’installe à Valence, puis à Romans dans la Drôme, dans une région où s’est établie une importante communauté arménienne. Toros œuvre beaucoup dans le souvenir de ses racines. Mais il convient de rappeler également l’importance des femmes dans son œuvre (la rencontre de Marie, son épouse, aura été pour lui déterminante) : courbes rondes révélant la douceur des femmes, lignes souples renvoyant toujours au commencement, à la mère. Pour Toros, « Le corps des femmes appartient à l’humanité ». Il est aussi l’auteur du trophée Toros décerné chaque année à Marseille pour récompenser les meilleurs auteurs de la littérature franco-arménienne. Il meurt le 29 juillet 2020 à Romans-sur-Isère. Il repose à Romans.

« Je n’aime pas les mots, mon travail parle, mes œuvres sont mes enfants » disait-il.

Décorations d’écoles

Art en vue

Les écoles offrent souvent à celles et ceux qui les fréquentent des décorations diverses. Deux écoles maternelles ont particulièrement retenu notre attention par l’originalité de leur décoration extérieure.

L’école maternelle René Descartes, allée de Camargue, présente à l’entrée une décoration très spéciale. Il s’agit ici d’une sorte de mosaïque qui a été faite à partir d’œuvres d’enfants pérennisées en céramique : empreintes de pieds et de mains, médaillons et petites sculptures d’inspirations très variées.

Au square de la Poterne, la cour de l’école maternelle des Bleuets est pourvue d’une clôture très originale. Les montants en béton du portail principal sont deux oiseaux hiératiques qui se font face et rappellent l’art égyptien. Aux angles, deux édicules carrés aux quatre façades presque carrées surmontées de frontons triangulaires imposent leurs formes géométriques soulignées par des frises de céramique de couleurs différentes ; leurs multiples ouvertures, harmonieusement réparties, sont également de formes géométriques, rectangulaires, carrées, circulaires et triangulaires. La ferronnerie des ouvertures qui en sont pourvues reprend la configuration de la barrière métallique qui repose sur le soubassement en béton de la clôture. Les autres montants, en béton, jouent sur une ligne courbe et une ouverture circulaire du type « œil de bœuf ». Cette clôture est postérieure à l’ouverture de l’école, mais nous n’avons pas pu identifier qui a pensé cet ensemble.

FRESQUES EN CÉRAMIQUE

Art en vue

Haguiko et Jean-Pierre Viot

En centre-ville, le parvis du commissariat de police de Massy est orné sur chacun des deux murs latéraux d’une œuvre de haute dimension par un couple d’artistes céramistes, Haguiko et Jean-Pierre Viot. Signées en 1987, ces céramiques furent sans doute financées par le « 1% artistique ». Des carreaux de faïence carrés, identiques, de teinte jaune ocré, couvrent les deux murs. Les éléments en grès émaillé de tailles et formes diverses, en relief, sont reliés par des espaces colorés de verts différents, unis ou striés, et de violet. L’une des céramiques évoque la forme d’un arbre au tronc tourmenté ; l’autre, moins imposante, est plus abstraite.

Né le 30 avril 1936, Jean-Pierre Viot, diplômé de l’école des Beaux-Arts de Rouen, s’initie à la réalisation d’œuvres en grès et terres enfumées lors d’un stage à l’atelier de la faïencerie de Giens. Il créée ainsi fontaines, sculptures, murs et autres pièces en porcelaine. De 1963 à 1983, il vit à Ruffec-le-Château puis à Sucy en Brie et enfin en 1991 à Guermantes (Seine et Marne) dans la « maison atelier » conçue et bâtie avec son épouse. 

Membre fondateur du Centre d’Art Contemporain de Châteauroux, il organise avec la ville la Biennale de Céramique Contemporaine de 1979 à 2003.

Il en est Commissaire général en 1985. Il intègre de nombreux regroupements d’artistes tels la Société des Artistes Décorateurs ou l’Internationale du Nouvel Objet Visuel. A Paris, il participe aux Journées Nationales de la Céramique, et au Groupe d’Etude et de Recherche en Urbanisme. Il collabore aussi avec l’industrie de la porcelaine.

Née en 1948 au Japon, diplômée ingénieure en architecture de l’université de Fukuoka, Haguiko, influencée par Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, rejoint la France et intègre en 1972 l’Ecole des Beaux-Arts de Tours où elle s’initie à la terre modelée. Elle se forme dans l’atelier de Jean-Pierre Viot à la céramique contemporaine. Elle apprend la technique du raku, procédé d’émaillage traditionnel japonais, auprès de l’américain Paul Sodner. Elle obtient en 1977 le Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique. Elle effectue des réalisations monumentales, mais aussi des œuvres pour des particuliers, et des industries comme Téfal ou la porcelaine de Limoges. Elle reçoit le prix du ministère de la culture de Tunisie et le prix Liliane Bettencourt. En 2014, on lit dans les Editions Galeries Capazza : « L’à peu près n’a pas sa place dans le travail de Haguiko (…) On est confondu par l’évidence de son travail : nuages, rochers, boites (…) L’espace reste la composante principale de son travail. » 

Les deux artistes, tout en créant souvent ensemble, ont chacun gardé leurs propres créations et leur expression artistique. Membres de l’Académie Internationale de la Céramique, ils ont enseigné dans des écoles supérieures d’art (Marseille, Arras) et participé à de nombreuses expositions personnelles et collectives, nationales et internationales.

BUSTE DE NICOLAS APPERT

Art en vue

Richard Bruyère

Lorsque Nicolas Appert s’installe à Massy en 1802, il a déjà inventé la conserve alimentaire par stérilisation et récipient hermétiquement fermé. Il mettait des fruits ou légumes dans des bouteilles de Champagne au goulot élargi qu’il fermait hermétiquement avec des bouchons de liège enrobés de cire, puis il les plongeait dans l’eau qu’il portait à ébullition. Ce procédé permettait de conserver 18 mois voire plus des produits qui conservaient leur saveur d’origine.

Nicolas Appert avait ainsi acquis une grande réputation auprès des clients de sa confiserie parisienne. Mais, pour produire plus, il lui faut un atelier plus grand que celui d’Ivry et, en quantité, des légumes de bonne qualité. C’est l’opportunité que lui donne l’achat du château d’en haut (actuel Centre Saint-Exupéry) : à proximité de Paris, un grand bâtiment d’une vingtaine de fenêtres accueillera l’atelier ; parmi les dépendances, un pavillon servira d’habitation ; les bâtiments sont vendus avec 4 ha de terres et jardins proches.

Il crée ici la première conserverie industrielle du monde et ses produits permettent aux marins d’éviter le scorbut. En 1809, son invention est reconnue par le gouvernement. Il choisit alors, plutôt que de déposer un brevet, de toucher la récompense de 12 000 francs qui lui est offerte sous condition de publier son invention, donc de l’offrir à tous.

En 1810, il publie la première édition de L’Art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales. Après Waterloo, son usine fut saccagée par la soldatesque et il déménagea à Paris. Mais il conserva un logement à Massy où il revint à la fin de sa vie. Il y mourut seul et pauvre en 1841.

Pour le 250e anniversaire de sa naissance, en 1999, la mairie de Massy décida de lui rendre un hommage plus visible que les deux plaques déjà apposées. Une commande fut passée à Richard Bruyère. Ce dernier est originaire de Châlons-en-Champagne, ville de naissance de Nicolas Appert. C’est un sculpteur reconnu : il a reçu la médaille d’or de sculpture Salon des Artistes Français ; il travaille la pierre, le marbre mais surtout le bronze ; il est aussi artisan coutelier. C’est le bronzier qui a été sollicité ici.

La même année, il a réalisé plusieurs sculptures de Nicolas Appert : l’une pour Châlons, l’autre pour un mécène américain de Chicago, la dernière pour Massy créées à partir du même plâtre. Le buste en bronze a été placé au centre de la commune, au pied du clocher de l’église Sainte-Marie-Madeleine. Il se trouve ainsi entre les deux bronzes d’Alex Garcia. Actuellement en assez mauvais état, il sera restauré courant 2022.

SCULPTURE ABSTRAITE

Art en vue

André Beaudin

Dans le hall d’un immeuble situé au 2 de l’allée des Helvètes, dans le quartier de Massy Opéra, on peut voir une statue placée, dans un espace dédié, sur une dalle et qui fait face à la rue. Cette statue est datée de 1965 et est signée André Beaudin. La dalle fut ultérieurement entourée d’un barreaudage pour des raisons de protection.

C’est une statue abstraite de pierre ocre, d’environ 130 x 120 x 90 cm, et de prime abord non figurative bien que d’aucuns y voient deux personnes enlacées, la partie supérieure de la statue pouvant laisser imaginer deux bras.

Né à Mennecy le 3 février 1895 et mort à Paris le 6 juin 1980, André Beaudin est un peintre et sculpteur français appartenant à l’école de Paris. De 1911 à 1915 il fréquente l’École des Arts décoratifs. Avec son épouse Suzanne Roger, elle-même peintre, il fréquente le cercle d’artistes entourant le marchand d’art D.-H. Kahnweiler. Il y rencontre des poètes et des écrivains (comme Max Jacob ou Antonin Artaud) mais aussi des peintres. D’abord attiré par Matisse, il s’inspire ensuite de Picasso et sa rencontre en 1922 avec André Masson et surtout Juan Gris va lui permettre de s’initier au cubisme, mouvement dans la lignée duquel il restera toute sa vie comme on peut le constater avec la statue de 1965.

En 1923, il réalise sa première exposition à la galerie Percier à Paris. Il participe, en 1934, à l’exposition Minotaure à Bruxelles (exposition surréaliste organisée par E.L.T. Mesens, artiste surréaliste belge, et André Breton).

Ce n’est qu’en 1930 qu’il s’initie à la sculpture. Il travaille le plâtre, la terre et également le bronze. Il s’essaye à la lithographie et illustre, en 1926, Les Bucoliques de Virgile. Il réalise, en 1945, la couverture du recueil de poèmes de Paul Eluard Double d’Ombre et illustre, en 1960, une édition de Sylvie de Gérard de Nerval. 

Ses œuvres sont exposées à diverses reprises tant en France qu’à l’étranger (New York en 1949, Berne en 1953). En 1962 une exposition de ses peintures lui est consacrée au musée du Havre et une grande rétrospective de ses œuvres est organisée au Grand Palais à Paris en 1970. 

En 1962 il reçoit le Grand Prix National des Arts, notamment pour ses sculptures. Il réalise quelques années plus tard une mosaïque pour la faculté des Sciences de Jussieu à côté d’œuvres de Jean Arp, Calder et Vasarely. Entre 1964 et 1966, il crée plusieurs sculptures et décors originaux en collaboration avec la Manufacture de Sèvres.

Comme on peut le voir, le champ d’expression d’André Beaudin est vaste puisqu’il s’est exprimé aussi bien à travers la peinture, que la lithographie, la sculpture, la céramique ou encore la tapisserie. On peut voir ses œuvres au M.N.A.M. de Paris, dans les musées de Grenoble, du Havre, de Luxembourg, de Stockholm et dans des collections particulières.

« La méconnaissance de l’œuvre de Beaudin constitue une des plus grandes injustices de notre époque ! » Pablo Picasso 

Festival SupréMassy

Art en vue

SupréMassy

L’association Suprémassy est à l’origine des deux grandes fresques durables au sud du quartier Atlantis. L’association a été fondée en 2007 par deux jeunes hommes de Massy Opéra, Tristan Vitton et Gilles-Jean Raballand. Agréée Jeunesse et Éducation Populaire, elle met en place des cours, des événements et des projets autour du Hip-Hop, et intervient dans divers établissements d’Île-de-France.

Gilles-Jean est un peintre et graffeur reconnu en région parisienne grâce notamment à ses peintures murales à Paris 12e dès 1996, Colombes en 1999 et surtout dans le nord de l’Essonne. Ses graffs sont signés Bab2 (prononcer Bab two). Bab 2 est donc tout naturellement en charge de la section « graffitis et arts » de Suprémassy.

En 2007, cette association organise le premier Festival Hip-Hop et, à cette occasion, un graff collectif au bout de la rue Galvani sous la voie rapide (avenue du maréchal Koenig). La fresque s’inspire du film de Genet, la Cité des Enfants perdus. La lune éclaire une mer d’où émerge un vaisseau rétro-futuriste. Ont participé à l’œuvre Bab2 et TSF « crew » (groupe ou équipage selon les traductions) avec Milouz, Baka2, Papy et Croute, ainsi que douze jeunes dont les prénoms figurent en bas à droite. Le projet est soutenu par la ville de Massy et le Centre Paul Baillart. Vingt ans plus tard, la fresque résiste bien malgré des graffiti parasites.

L’année suivante, dans le cadre du festival des arts urbains organisé par Artel91, Bab2 aidé d’un autre artiste, Pest, réalise une grande fresque murale de plus de 3 m de hauteur allée du Béarn, derrière la pharmacie et le buraliste. Son titre : Bio-diversité. En cinq jours, les artistes ont représenté treize espèces menacées. Depuis, cette fresque a disparu en même temps que le centre commercial.

En 2010, à nouveau à l’occasion du Festival Hip-Hop de Suprémassy, Bab2 organise la peinture d’une très longue fresque rue Ampère sur le mur de soutènement de la voie rapide. Elle est réalisée par les cinq graffeurs du groupe DMV – Da Mental Vaporz – créé en 1999. Les artistes juxtaposent plusieurs scènes sur le mur recouvert de peinture rouge-bordeaux. Le travail prend une semaine. Pour la signature, chaque auteur a écrit deux lettres de Suprémassy avec son style propre. La fresque fera immédiatement la « une » du journal Graffiti Art. Le même journal lui consacrera à nouveau sa première page dix ans plus tard.

En 2014, Pierre Ollier et la Ville souhaitent renforcer la présence des arts visuels dans les rues de Massy. Un partenariat entre Suprémassy et le lycée professionnel Gustave Eiffel est mis en place et aboutit à la construction, par les lycéens, d’un mur en quinconce de 18 m de long sur 1,90 m de haut, évoquant des mains qui se croisent. Pour l’inauguration, six dessins ont été retenus, dont ceux de Bab2 et Pest. Les élèves de seconde ont été initiés au graff par Suprémassy. Le mur est ensuite mis à la disposition de tout artiste en herbe. 

Artiste local, Bab 2 a répondu à d’autres demandes de la mairie. Ainsi, en 2013, il a décoré de silhouettes bleues en pleine action les murs de la salle de handball du COS. Plus récemment, la commande concernait un mur le long du bassin des Goachères à l’occasion du lancement de l’opération Ô berges d’été. Cette fresque de 2019 reprend le style de l’ancienne Bio-diversité avec des animaux liés au bassin : grenouille, martin-pêcheur, héron, renard. 

Bab 2 fait donc preuve d’une grande diversité d’inspiration et de formes : lettrages colorés, dessins animaliers, scènes de sport mais aussi vieilles cartes postales, contes poétiques, et même trompe-l’œil.

FRESQUE ART’LANTIS

Art en vue

À Massy Atlantis, Paris Sud Aménagement a misé sur l’art urbain, démarche initiée il y a plusieurs années aux côtés de la ville. Avec les palissades de chantier métamorphosées en fresques colorées, il s’agit de montrer autrement la ville en mutation, d’interpeller le passant, de faciliter peut-être l’acceptation des modifications urbaines du quartier. « Nous ne sommes pas seulement là, nous autres artistes de rue, pour désigner ce qui ne va pas, déclare le graffeur GoddoG. Nous devons aussi amener le rêve, une vision du beau, de la lumière. Poser de la lumière dans un monde un peu gris, c’est une revendication. » Ces réalisations ne durent que la vie du chantier. Les plus anciennes ne sont donc plus qu’un souvenir, à quelques exceptions près.

Rue Léonard de Vinci, en partenariat entre Paris Sud Aménagement et Massyred, propriétaire du terrain, deux cents mètres de palissades ont été peintes en 2015 par trois artistes : Hache Cientouno dit H 101, artiste barcelonais dont l’œuvre représente ici des villes utopiques, des cités modèles où les habitants vivent en harmonie ; El Kenor, Kenor Martinez Vanbergen, street-artist résidant à Barcelone, aujourd’hui l’un des plus reconnus, dont le style joue avec la géométrie, le psychédélisme, la lumière et l’abstraction et Jordane Saget, alias J3, dont la fresque repose sur trois lignes pour trois dimensions, un enchevêtrement de courbes exprimant l’infiniment petit et l’infiniment grand, l’organique et le métaphysique. Une bonne partie de l’œuvre de H101 était encore visible sur les palissades du chantier en 2022 ; la fresque d’El Kenor a disparu ; quant à la peinture de J3, un échantillon très dégradé dans le prolongement de la rue Yves-Joseph de Kerguelen a subsisté jusqu’en 2023.

L’année suivante, un projet initié par la ville de Massy et Paris Sud Aménagement concerne la rue Vasco de Gama. Il est mis en œuvre par les équipes pédagogiques des centres de loisirs de l’école Atlantis et l’association Animakt. De février à avril, tous les vendredis après-midi, les enfants de ces centres ont peint sur une palissade du chantier de la Place du Grand Ouest, accompagnés par deux artistes, Willy Fruchart, qui pratique une peinture narrative, brute et colorée, et Laura Carpentier, formatrice dans un centre de formation professionnelle des métiers d’arts.  

Encore en 2016, sur le mail Commandant Cousteau, la réalisation d’une fresque de 90 m sur la palissade de chantier du promoteur Emerige a été confiée à Quai 36, collectif producteur d’art urbain. Elle est réalisée par le duo belge Arnaud Kool, illustrateur et peintre bruxellois, et Djamel Oulkadi : les arabesques du second, inspirées par la calligraphie arabe, se mêlent harmonieusement aux dessins figuratifs du premier. 

En octobre 2017, pour l’inauguration de la Place du Grand Ouest, le street artist Damien Mauro, qui signe GoddoG, a peint une fresque de près de 300 m² sur les palissades d’un bâtiment destiné à la démolition. GoddoG est un artiste réputé dont les œuvres se composent de formes simples, de lignes, de courbes, de méandres de couleurs parmi lesquelles le regard se perd ; elles reflètent un paysage imaginaire unique en son genre. Nexity et Keyden, constructeurs d’une résidence pour étudiants, sont à l’origine de cette opération organisée par Quai 36. Après le retrait des palissades, la fresque a été installée dans les parties communes de la résidence.

Deux fresques peintes en décembre 2018 ont aujourd’hui disparu. Alexandra Arango, artiste plasticienne originaire de Colombie, avait peint pour le projet immobilier Opale sur une large palissade en bois de la rue Bougainville. Sur des aplats de couleurs, elle avait dessiné des silhouettes de visages, des éléments végétaux et des oiseaux. Non loin de là, l’artiste serbe Artez agrémentait une autre palissade de chantier de plusieurs dizaines de mètres rue Amerigo Vespucci. Cette œuvre pour le projet immobilier Réflexions représentait une jungle de grands éléments végétaux colorés ; dans cette jungle, un personnage avec un miroir semblait interpeller les passants.

L’ARCHE DE NOÉ

Art en vue

Henri Roger-Bertrand

La résidence de l’Épine Montain – 194 logements – présentait à elle seule, jusqu’en 2021, deux œuvres d’art d’origines bien différentes : l’Arche de Noé et une stèle à Robert Desnos.

La première est une structure en béton de 4 m de haut sur 2 m de long implantée au cœur de la résidence, au square de l’Alliance. 

À l’origine, cette sculpture représentait un bateau avec un mât soutenant une voile ; sue ce bateau se trouvait Noé, une colombe prête à s’envoler dans les mains. L’inspiration évidemment religieuse peut surprendre en ce lieu. L’explication en est que la coopérative HLM qui a construit la résidence, l’Habitat Communautaire, est née au sein du mouvement chrétien Vie Nouvelle.

Les archives de la résidence ne fournissent aucun renseignement sur le sculpteur. La tradition orale attribue l’œuvre à Henri Roger-Durand, artiste né en 1926 à Bellac et décédé à Canet-en-Roussillon en 1999. Il obtint en 1944 un CAP de sculpteur sur bois à l’École Boulle, à Paris. Sa production artistique répertoriée par Artprice commence en 1947.

Le don de l’Habitat Communautaire n’a pas été apprécié : comme le montrent les archives, l’AFAC – Association Familiale d’Auto-Construction – à l’origine de la résidence et le Comité de Gestion l’ont refusé ! Les explications fournies par les souvenirs des uns et des autres sont diverses : l’Habitat Communautaire aurait tenté de la faire financer par les allocataires ; certains ont critiqué l’inspiration clairement judéo-chrétienne ; la statue aurait déjà été refusée par deux autres résidences.

Pendant longtemps, ce monument qui n’était pas le bienvenu n’a pas été entretenu et, dans les années 1990, il est très dégradé.

Mais, jusqu’en 1990, il a été le seul monument du quartier des Graviers. Par la force de l’habitude sans doute, parce qu’il sert de repère, parce qu’il peut être interprété comme un symbole de paix et de solidarité, il a peu à peu été accepté par les résidents.

En 1993, c’est l’AFAC devenue amicale des résidents qui a entrepris la rénovation de la statue. Dossier de demande de subvention, intervention de personnel en insertion, disparition du mât : les travaux n’ont été achevés qu’en 1997. En 2005, c’est à nouveau l’AFAC qui a entrepris son nettoyage par une équipe de bénévoles. En 2001, elle en a même fait son logo.

ARBRES DE 4 SAISONS

Art en vue

Iris Vargas

Fin 2012, Pierre Ollier, maire-adjoint aux affaires culturelles, et la Ville, lancent un projet culturel d’envergure : artistes et associations locales sont invités à produire pour le printemps suivant animations et installations dans l’espace public. Le but : inciter chacun à se promener, à rêver, à méditer. Le titre aurait pu être Les rêveries d’un promeneur solitaire. Finalement, ce fut le Projet R. Dans ce cadre, il y eut nombre d’installations éphémères.

Quelques artistes extérieurs à la commune furent aussi conviés à participer à l‘opération. Parmi ces artistes, une habitante de Champlan, Iris Vargas, sculptrice de réputation internationale. 

Née au Vénézuela en 1953, elle a suivi des études d’art plastique puis de sociologie dans son pays natal avant de rejoindre l’École Nationale des Beaux-Arts de Paris en 1979 et de s’installer en France. Elle a participé à la restauration de sculptures au Louvre, aux Archives nationales et aux Invalides. Elle a développé une importante production personnelle, principalement de statues de femmes et de sculptures animalières. 

Sa spécialité est le travail du marbre qu’elle va sélectionner sur place, dans les carrières. « Le marbre est une roche pleine de mouvement naturel dans la forme et les mouvements, c’est avec ça que je joue » déclare-t-elle. Elle précise : « Je sculpte et dessine le marbre avec des outils du plus grossier, la tronçonneuse, au plus fin, le diamant. Je le polis par endroits à la ponceuse. La différence de rugosité renforce le rapport très tactile et sensuel à la pierre ». Elle a participé à des centaines d’expositions collectives autour de Champlan, un peu partout en France et à l’étranger, dont une à Xi’an en Chine en 2019.

À Massy, pour le Projet R, la Ville a acheté une œuvre qu’elle a installée le long de l’allée qui longe la zone humide de l’ancien étang du bois de Briis en bordure du petit bois du parc de la Tuilerie : quatre arbres de 2,50 m de haut. Pour cette composition, l’artiste a suivi une de ses inspirations récurrentes, les quatre saisons des arbres, œuvres qui ont fait l’objet de plusieurs expositions, dont celle-ci qui fut montrée quelque temps au Jardin du Luxembourg à Paris. 

Le tronc est formé par une poutre de chêne, chaque feuillage est simulé par un demi-cercle d’1 m de diamètre constitué par deux plaques de marbre collées d’environ 3,5 cm d’épaisseur. À l’entrée de l’allée, le printemps en marbre rose troué d’alvéoles arrondies. Puis l’automne avec des alvéoles plus allongées entaillées dans un marbre gris gravé de lignes sinueuses. L’été en marbre gris clair ajouré d’étoiles a été vandalisé et remplacé en mai 2022 par une nouvelle sculpture de même inspiration. Enfin l’arbre d’hiver est fait de marbre blanc strié de fentes obliques évoquant une tempête de neige.