L’ARBRE LUMIÈRES

Art en vue

Raymond Moretti

En 1989, le bicentenaire de la Révolution a été tout particulièrement célébré à Massy. Premier événement spectaculaire, l’implantation devant la mairie, le 13 janvier, d’une sculpture moderne presque aussi haute que l’obélisque de la Concorde.

L’hebdomadaire Info Massy présente ainsi son sens symbolique : « Œuvre d’art moderne, non figurative, symbole de la liberté éclairée par la conscience […] cette œuvre a été créée par l’artiste Raymond Moretti qui a travaillé à partir du concept inventé par Louis Clair, ingénieur éclairagiste : « La lumière symbole de la conscience illumine la liberté ». Il a assemblé sur une carte de France des faisceaux tricolores qui s’élancent vers le ciel et éclatent en lumières. […] L‘Arbre Lumières symbolise la joie, la fête et l’union qui salue le renouveau, l’avenir. […] Ouvrage technologique, […] L‘Arbre Lumières vit par ses animations lumineuses et l’esprit d’avenir qu’elles évoquent. […] Résolument tourné vers l’avenir : L‘Arbre Lumières de Raymond Moretti est le témoignage contemporain d’une France républicaine qui, à l’aube du 3e millénaire, renouvelle son attachement aux Droits de l’Homme et entend transmettre aux générations futures des idéaux de liberté, d’égalité, de fraternité, de paix et de justice. »

Le même article donne une fiche technique très précise : « C’est une composition d’éléments cylindriques bleus, blancs et rouges de différents diamètres et différentes hauteurs, jaillissant d’un puits de lumières en forme de France entourée des principales îles et départements d’Outre-Mer. La partie supérieure du monument, échancrée, s’ouvre sur des traits de lumières environnés d’éclats lumineux projetés par des sources et des appareils d’éclairage logés dans le cœur de l’ouvrage. L’ensemble de base mesure 21 m de haut et s’inscrit dans un diamètre de 2 m. La platine de base a un diamètre de 3 m. Il est composé de 1,2 km de tubes […] et est équipé de près de 100 points lumineux commandés par un ensemble électronique permettant une animation, en fonction des paramètres extérieurs de l’environnement : vent, bruit, lumières. »

Raymond Moretti est né à Nice en 1931 de parents italiens antifascistes d’origine modeste. Il commence à peindre dès 16 ans. Lorsqu’il se voit confier le projet de L’Arbre Lumières, il est internationalement réputé. Ses peintures vont de fresques monumentales à des affiches, à l’illustration du Magazine littéraire et même à des timbres. En 1982, il a reçu l’Aigle d’Or, une des plus hautes récompenses attribuées à un livre d’art, pour son ouvrage sur Les Illuminations de Rimbaud. Il est aussi sculpteur : parmi ses réalisations, Le Monstre et Le Pendule à la Défense. L’année suivant L‘Arbre Lumières, avec une inspiration très voisine de l’œuvre massicoise, il habille une cheminée d’aération de 32 m de haut à la Défense avec des tubes multicolores reflétant la lumière. 

Il est décédé à Paris en 2005. On trouve ses œuvres en France, mais aussi en Israël, en Grèce et aux USA.

Graffs sur rideaux

Art en vue

Anis

Deux fresques sur rideaux métalliques ont été réalisées allée Albert Thomas, au Nouveau Villaine. On les doit à Hadrien Bernard, nom d’artiste Anis, peintre, graffeur, organisateur d’événements artistiques, qui accompagne aussi des jeunes dans la réalisation de fresques.

La première a été conçue par lui et réalisée durant l’été 2022, par des jeunes du quartier sur les rideaux de fer, côté boulevard de la Paix, du local traversant du Centre Social APMV (Association Populaire de Massy Villaine) du 22 Allée Albert Thomas. 

Cette réalisation participative s’inscrivait dans le cadre du projet social (2022-2025) d’animation du quartier, dont un des axes était « Bien vivre ensemble à Villaine », dans le respect de l’environnement.

La fresque du rideau de la porte côté boulevard représente un héron, oiseau familier de la Bièvre massicoise, celle de la devanture attenante est un entrelac de palmes dans lequel se fond le lettrage « Bien vivre à Villaine » qui occupe toute la surface. Elle s’inscrit dans l’univers artistique d’Anis qui s’enracine dans le végétal, le vivant.

Hadrien Bernard a également réalisé à l’automne 2022 au 2 allée Albert Thomas une autre fresque sur le rideau de l’Epicerie sociale. Elle représente, dans un mouvement diagonal ascendant de la gauche vers la droite, des épis de blé, des coquelicots et quelques herbes sur fond de ciel bleu avec en surimpression l’inscription « L’épi/épicerie/sociale » sur trois lignes en lettrage cursif. 

L’Épicerie Sociale (EPI), association loi 1901, se présente comme un commerce de proximité permettant aux personnes en difficultés de se procurer des produits de première nécessité en ne payant que 10% de la valeur de la marchandise tout en restant « consom’acteurs ».

 

Hadrien Bernard, né à Paris en 1983, explique l’origine de sa démarche : « J’ai passé mon enfance devant le hublot de la machine à laver à regarder les couleurs se mélanger, considérant la ville comme une grande essoreuse. J’ai commencé en 1998 à la couvrir de couleurs. » Son tag est reconnu et apparaît en 2009 sur la façade de la fondation Cartier pour l’exposition « Né dans la rue – Graffiti ». En parallèle il obtient son master de droit public en 2010. Mais « entre le code civil et les pinceaux, j’ai choisi les pinceaux au service de la civilité. Je crée des fresques, je fédère mes amis artistes pour des événements citoyens. Nous donnons des couleurs à la ville, ouvrons notre monde, soulignons l’importance du respect, mettons l’art à portée de tous tout en créant du lien social. »

En 2016, il crée l’événement « La réserve Malakoff » où il regroupe une cinquantaine d’artistes, qualifiée meilleure exposition de Street-art de l’année par l’ensemble de la presse. En 2019, avec son association Inzouk et la participation de 22 street-artists, il réalise une exposition géante et itinérante « La Forêt escargot » qui nous rappelle que la forêt est vivante et en danger.

Ouverture, respect, création de lien social, ses valeurs sont aussi celles de l’APMV et de l’Epi.

ATLANTIS & ÉGALITÉ

Art en vue

2SHY

L’environnement du groupe scolaire Rosa Parks a attiré les fresques. Deux d’entre elles, le long du talus de la voie ferrée, sont aujourd’hui disparues avec leurs supports. Il en demeure deux sur les palissades entourant une friche industrielle. L’une, très longue – 140 m de long sur 2 m de hauteur – est peinte en 2018 côté rue Antoine de Bougainville. Son titre : Atlantis, signée 2SHY. Lui succède, face à l’école, une fresque de même hauteur mais de longueur plus modeste, intitulée Égalité fille/garçon réalisée par le même artiste en juin 2020. 

Olivier Sujkowski est né en 1976 ; il passe son adolescence à Meaux. Comme tous les graffeurs de sa génération, il commence à peindre très jeune, à 16 ans, et illégalement, sur les trains de banlieue. Au lycée, en section art, il baigne avec ses amis dans la culture hip hop et affine son goût pour le graffiti. Puis il déménage à Liège où il rencontre un crew (groupe) belge, les ERS, et découvre des horizons musicaux nouveaux et de nouvelles manières de peindre. Il signe ses œuvres 2SHY (trop timide en anglais). 

En 2002, il produit sa première exposition personnelle. Les pages qui lui sont consacrées sur Internet montrent que ses sources d’inspiration et ses médias se sont diversifiés au fil des ans et qu’il développe une iconographie puissante mêlée à un lettrage particulier au carrefour de la culture de son enfance, du graffiti et de la révolution 2.0. 

Aujourd’hui, il est installé à Paris. À travers diverses commandes, il crée des identités visuelles pour des créations de mode comme des pulls ou des leggings, des décors pour des événements d’entreprises comme le présentoir d’une collection de baskets New Balance. Il produit toujours des fresques murales monumentales ainsi que des œuvres personnelles exposées en galeries. Il est aussi coach artist et transmet son expérience par exemple dans des stages de cohésion d’équipe. 

Les deux œuvres massicoises de 2SHY illustrent cette diversité d’inspiration et de style. Mais les deux fresques présentent les mêmes aplats de couleurs vives et le même rendu gai et vivant. Pour Atlantis, l’artiste répond à une commande officielle classique ; la peinture est composée d’une succession de figures géométriques où lignes droites, angles droits et cercles dominent. La fresque Égalité est le produit d’une démarche participative initiée par Parisudam et la Ville. Des écoliers du groupe scolaire Rosa Parks de la maternelle à l’élémentaire ont participé à la création du story-board et du synopsis sous forme de crayonnés assortis de courtes réflexions. Quelques jeunes artistes ont ensuite assisté 2SHY dans la réalisation finale. 

En 2026, les deux fresques ont pâli et certains supports ont été remplacés. En revanche, depuis décembre 2025, une nouvelle fresque de 2SHY de la même inspiration qu’Atlantis égaie la palissade le long de la rue de Paris.

LE TROUBADOUR

Art en vue

Hervé Vernhes

La plus grande cour commune de Massy, et peut-être la plus ancienne, la Cour des Bannières, ouvre sur la rue Jules Ferry par une entrée décorée par une statuette et une plaque gravée. Ces œuvres sont à la fois anciennes et récentes : anciennes par l’inspiration médiévale et la pierre de taille récupérée de la nef de l’église Marie-Madeleine détruite par le bombardement de juin 1944 ; récentes puisqu’elles ont été posées en 1985 par un artiste massicois résidant dans la cour, Hervé Vernhes.

Voici la présentation qu’il fait de son œuvre en juillet 2021 : « La statue à l’entrée de la “Cour des Bannières” est pour moi un symbole accueillant de la Cour et de la rue…

Je me souviens ; un jour d’automne : la vigne vierge, rouge, tenait les murs. Le clocher et le cadran de l’horloge étaient encore visibles et la venelle qui y menait au travers des jardins – “lieu d’artistes” à nos yeux conquis ! Un autre jour, notre ami voisin Gilbert Hustache brossait les murs de sa maison à l’entrée de la cour, me parlant, se souvenant. Je suggérai de sculpter à cet endroit un troubadour qui serait la musique accueillante à la cour et la rue. Gilbert Hustache creusa la niche dans son mur. Le socle venait de l’église bombardée. La statue réalisée dans une pierre survivante de la ruine. Elle fut mise en place en 1985.

Lui faisant face l’enseigne “Cour des Bannières” venait aussi des ruines. Je l’ai gravée de son nom et de symboles qu’on pourrait imaginer du Prieuré. Je pouvais imaginer que la Cour était de la ferme proche du Prieuré et la venelle celle des jardins. »

Hervé Vernhes est né en 1933 à Peyrusse-le-Roc dans une famille paysanne du Rouergue. Par la suite, il est parfois défini comme « artiste paysan » en raison de sa prédilection pour l’art rural traditionnel. Il se situe dans la tradition des bâtisseurs de cathédrales. Il taille le bois ou la pierre qu’il polit ensuite le plus souvent. Il peint aussi des fresques sur toile. Son œuvre célèbre un univers baigné de tendresse et de fraîcheur, un monde de poésie fait de recueillement et de pureté. Il expose dans toute la France mais particulièrement en région parisienne et dans l’Aveyron.

Aujourd’hui, Hervé Vernhes partage son temps entre Massy et son village natal, Peyrusse-le-Roc dont il a décoré l’église en 2019. À Massy, on peut admirer une de ses fresques à l’intérieur de la cour des Bannières et il a donné trois œuvres à l’église Sainte-Marie-Madeleine, le dessous de l’autel principal, un petit Christ en bois de 60 cm avec une croix et l’ambon taillé dans une souche du bois de Verrières.

FRESQUE STATION ATLANTE

Art en vue

Loïc Saulin

A la fin de l’été 2025 apparaît une peinture au sol sur le parvis de la Station Atlante rue Ampère. Elle mesure 5 m x 30 m. Elle se caractérise par la fluidité des formes et la gaieté des couleurs. Conçue par Loïc Saulin à la demande de Paris Sud Aménagement, propriétaire de la Station Atlante, elle est réalisée par Loïc et un ami. Ils utilisent de la peinture pour marquage au sol sur bitume, ce qui nécessite une grande dextérité pour obtenir la palette de couleurs voulue en utilisant les huit coloris offerts par l’industrie. 

Né en 1993, Loïc Saulin vit à Dijon ses vingt premières années. Il grandit entouré de bandes dessinées ésotériques comme l’Incal. Il étudie le dessin d’animation à LISAA, école d’arts appliqués et fréquente l’Ecole Arc-en-Ciel d’Antony pour pratiquer la BD. Il s’initie en parallèle au traitement d’images numériques. Il devient ainsi graphiste et bédéiste. Il participe à deux bandes dessinées en collectif et en publie deux : Le procès loufoque en 2005 et surtout en 2010, A bas les hommes-pigeon, une critique sociale humoristique et corrosive. 

En 2015, il séjourne à Berlin avec son épouse. Il abandonne la BD dont il est difficile de vivre et fournit des dessins à des revues franco-allemandes. Grâce aux loyers modérés, il peut louer un atelier et découvre les grands formats en peinture acrylique et bombe aérosol. Il commence à exposer à Berlin, Londres et Paris. Inspiré par l’exubérance et le foisonnement coloré de Kandinsky ou d’Albert Oehlen, il est à la croisée de courants comme l’abstraction lyrique, le futurisme ou plutôt sa version actualisée, le graffiturisme. 

Revenu en France, il habite Massy depuis 2018. En 2019, il expose à la médiathèque Hélène Oudoux son Excursion aux frontières de la Noösphère, c’est-à-dire de la couche pensante de la Terre. Depuis 2020, il pratique de plus en plus l’aquarelle. Il dispose d’un atelier d’abord au Carré d’Antony puis à la Fabrique culturelle à Palaiseau. Enfin, avec l’association Ô ville-âges, il s’installe dans des bâtiments d’entreprises inutilisés. Depuis novembre 2024, c’est la Station Atlante qui l’accueille.

En février 2025, Loïc Saulin expose Noösphère à l’Espace 181, à Palaiseau. Il y présente aussi le Noöspheroïd, une installation où il prend en photo les portraits des visiteurs avec une projection vidéo de couleurs sur leurs visages. En parallèle à ses activités de peinture et de vidéo, il anime des ateliers de BD sur temps périscolaire. 

La fresque au sol de Massy est la première qu’il réalise. Mais elle est caractéristique de son style, décrit ainsi par le site Rise Art : « On lit dans les peintures de Loïc Saulin ce qu’on y insuffle soi-même. La contemplation d’une de ses œuvres amène chacun à suivre un chemin, une histoire différente selon ce que les formes et les couleurs évoquent. Rien n’est figé, chaque forme peut changer d’apparence au gré du voyage et signifier successivement plusieurs idées où l’inconscient de chacun se révèle. »

STATUE DE SAINT-FIACRE

Art en vue

Inconnu

La statuette qui se trouve dans le jardin de l’église Saint-Fiacre est à la fois l’œuvre d’art la plus ancienne et l’une des plus récentes de Massy.

De 77 cm de hauteur, placée sur un socle de 82 cm, elle représente un homme en robe et tonsure de moine. Il tient de la main droite une bêche et de la main gauche un livre : attributs traditionnels de Saint-Fiacre, ermite, jardinier, thaumaturge, d’origine irlandaise. Elle est sculptée assez rudement dans un granit breton, autrefois peint (il ne subsiste que des traces de rouge) et date sans doute du 16e siècle.

Fiacre est le fondateur au 7e siècle d’un monastère proche de Meaux devenu centre d’un pèlerinage réputé. Vénéré depuis le haut Moyen-Âge, patron des jardiniers, mais aussi guérisseur, Fiacre fut un des saints les plus populaires. Ce personnage pieux et secourable, proche des fidèles et qui, dans sa représentation, allie les symboles du travail et de l’oraison, a peut-être été vénéré autrefois à Villaine comme dans de nombreux villages. 

Mais c’est seulement en 2019 que cette sculpture bretonne a été installée à Massy. Nous ne connaissons que la fin de son périple et c’est, naturellement, une histoire de jardiniers. Elle a été acquise en 1964 dans une vente aux enchères par M. Riglet, maraîcher à Mantes-la-Jolie. Son fils, ancien ingénieur de l’E.N.S. d’Horticulture de Versailles, a décidé de confier l’œuvre à une église. Or l’église Saint-Fiacre de Massy est, en France, la plus récente dédiée à ce saint. Une cérémonie de donation a eu lieu à l’occasion de la messe dominicale du 8 septembre 2019.

Pour comprendre la donation, il faut revenir à l’histoire de l’église. Au début du 19e siècle, le hameau de Villaine est peuplé principalement de maraîchers et de vignerons. Il est voisin de la ferme et des champs horticoles Vilmorin dont l’activité attire de nouveaux habitants à Villaine et aux Graviers. Les villageois construisent une petite chapelle appelée des Vergers sur un terrain offert par Jacques de Vilmorin. Après-guerre, avec l’accroissement de la population des Graviers, le bâtiment, bien qu’agrandi plusieurs fois, est beaucoup trop petit. Dès 1960, les paroissiens envisagent la construction d’une église. L’abbé Haag, pour faire plaisir aux horticulteurs et maraîchers du quartier, propose de la consacrer à Saint-Fiacre. Un habitant, M. Hartman, maître jardinier au jardin du Luxembourg, suggère la création d’un lieu de pèlerinage national à Saint Fiacre. Un plan est établi, des comités de soutien sont créés et des fonds recueillis. Mais le projet, trop coûteux alors que la déchristianisation s’amplifie, est finalement abandonné. Il en restera que la nouvelle église achevée en 1973 sera consacrée à Saint-Fiacre alors que la paroisse reste dédiée au Saint-Esprit.

Cette statue se trouve, logiquement, dans un jardin, hors de l’enceinte religieuse, dans un lieu utilisé par des fêtes diverses, dont les fêtes de quartier. Elle constitue pour tous un rappel de l’histoire du Vieux Villaine.

Si l’élément d’Alicia Moï était la pierre qu’elle travaillait en taille directe, à la massette ou au marteau-piqueur, elle a aussi créé du mobilier ou des pièces relevant des arts de la table aux formes très variées, et, à côté des sculptures monumentales, des bagues non montées entièrement en pierre.

En 2021, on a pu admirer quelques-unes de ses œuvres au musée Tinguely de Bâle dans le cadre d’une exposition consacrée à la cité d’artistes de l’impasse Ronsin.

GRAFF SUR RIDEAU CAMARA

Art en vue

Pierre Marcuzzi

A notre connaissance, la première fresque sur rideaux métalliques de boutiques à Massy a été peinte en 2016 sur celui d’un magasin du Centre commercial de la Place de France consacré à la photo. 

Romain Provasi avait ouvert en 1964 Studio Images, l’un des 70 magasins du Super-Centre-Paris-Sud. En 1974, son fils Philippe, titulaire d’un CAP de photographie, diplômé de l’école de commerce de Colmar, le rejoint. En 1981, père et fils s’installent dans un magasin plus grand qui a traversé les mutations technologiques de la production d’images et résisté jusqu’en 2024, quand Philippe, dernier des premiers commerçants, a pris sa retraite.

Les conditions de sa réalisation ne sont pas banales. Philippe raconte qu’un lundi de mai 2016 – c’est jour de fermeture – son fils lui annonce par téléphone une surprise pour le mardi. Il lui téléphone le mardi matin dès l’ouverture. Philippe, qui arrive à la boutique par le garage au sous-sol, n’a encore rien vu et découvre la fresque sur le rideau de la façade du magasin : au centre, son portrait de face en plan américain, sur fond de matériel professionnel ; il présente un appareil photo ; à gauche, en gros caractères, en diagonale sur trois lignes : Le Temple / de la / Photo. Les deux rideaux des vitrines latérales seront peints plus tard : un portrait de Philippe et son vendeur Jean-Loup, du matériel photo. 

L’auteur en est Pierre Marcuzzi, alias Shadow, né en 1981, originaire de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Titulaire d’un BTS en communication et webdesign, il est aussi illustrateur et infographiste. On peut suivre les réalisations de cet artiste de renom sur internet à travers articles de presse régionale et sites de street art. Elles relèvent de l’art figuratif plus que du graff et du tag, qu’il a pratiqués au départ, et répondent à des commandes publiques ou privées.

« À un moment, explique-t-il en 2009 alors qu’il vient de créer la société Shadow Studio à Agde, j’ai dû choisir. Soit je restais un artiste de rue qui galère pour boucler ses fins de mois, soit je surfais sur le phénomène de mode et je me retrouvais à exposer dans des galeries, soit je vivais de mon art. […] Je préfère vivre de mon travail plutôt que d’être dans une galerie. »

Parmi ses œuvres, en 2009, une fresque de 1 000 m2 sur le bateau musée La Thalassa à Lorient avec pour mission de représenter la variété de la biodiversité marine. En 2014 sur la façade du, une fresque de 200 m2. En 2016, dans le cadre du 1er festival d’art urbain de la ville de Boulogne-sur-Mer une magnifique fresque sur pignon avec au premier plan une Boulonnaise en coiffe, au second plan un trois mats argentin venu à Boulogne, en arrière-plan le port de Boulogne-sur-Mer. En 2025, à Villeneuve-lès-Béziers, avec Mathieu Calmel, des fresques de la mémoire à l’occasion de la commémoration du 8 mai 1945 et, aux Clayes-sous-Bois, une Marianne au mur d’une nouvelle salle de Cap’ados réservée aux 14-17 ans.

STATUE DE CÉRÈS

Art en vue

Pierre Pérot

Cette femme de pierre, sans doute de marbre blanc, verse du grain dans un sac situé à ses pieds : elle représente Cérès, déesse latine des moissons, souvent identifiée à Déméter, déesse de la fertilité dans la mythologie grecque.

Elle se trouve actuellement sur l’îlot central du lac de la Blanchette, au sud du quartier Massy-Opéra.

La statue de style classique mesure 2,30 m de haut environ ; elle est posée sur un socle sur lequel est gravé l’épitaphe suivant :

« Toujours vive, vagabonde et sûre, 

Un doux penchant règle mon cours.

Heureux ami de la Nature, 

Qui voit ainsi couler ses jours. »

C’est la plus ancienne œuvre d’art du patrimoine municipal. Elle est signée par Pierre Pérot le 1er août 1773. Nous avons peu d’informations sur ce peintre du roi Louis XV. L’œuvre fut placée, à l’origine, au bord de la pièce d’eau du « château d’en bas », bassin d’agrément creusé dans la vallée du ru des Gains dès le début du 18e siècle. L’étang devenu bassin de rétention fut baptisé étang du Bois de Briis et communément appelé lac de Cora, aujourd’hui asséché. La légende d’une carte postale présente l’œuvre comme une fontaine : dans ce cas, l’eau se serait écoulée, comme le grain, vers le lac.

Le dernier propriétaire du château, Michel de Vilmorin, vendit la partie méridionale du parc à la ville. Cette dernière, ayant d’autres priorités, n’entretint pas le bassin pendant quelque temps et décida de déplacer la statue auprès du futur bassin de récupération des eaux de pluie du Grand Ensemble de Massy-Antony. Elle est ensuite installée définitivement sur la petite île du lac de la Blanchette.

AMIRAL DOUBITCHOU

Art en vue

Alexandre Périgot

Depuis 2022, une fresque longue de 400 m et de 2,20 m de haut décore la palissade métallique qui borde le boulevard Eugénie Eboué-Tell, lequel fait depuis peu le lien avec Massy-Europe.  Elle protège le terrain de dépôts de terres d’Yprema, entreprise de recyclage et transformation de matériaux de déconstruction. En face se trouve le secteur commercial de Leroy-Merlin. La palissade est recouverte, en peinture aérosol, de grands aplats de couleurs d’une grande variété, dont une gamme de marrons qui répond à la butte de terre en arrière-plan. Dessus sont inscrits au pochoir des mots en grands caractères blancs, tous des mots du français courant d’origine étrangère.

Cette œuvre répond à une commande faite par Paris Sud Aménagement et la Ville de Massy à l’artiste Alexandre Périgot habitant de Palaiseau. Né en 1959, travaillant à Paris et en Corse, Alexandre Périgot est un artiste de réputation internationale. Sa biographie présente de nombreuses expositions collectives et personnelles partout en France, dans plusieurs pays d’Europe et au Japon. Citons La maison de Dalila au Centre Pompidou (2000), la participation aux biennales (2003 à 2013), Mon nom est personne au MUCEM (2020). Il produit aussi des vidéos. Il transmet son art et sa philosophie grâce à des ateliers et des conférences. Selon le site Tchikebe, « Périgot cherche à détourner le phénomène de starisation. Cette fascination pour la célébrité est scénarisée dans des performances et des installations qui mettent en exergue le paradoxe attirance / répulsion de cette popularité. Pour détourner les regards, il oriente les projecteurs sur les anonymes, et questionne les mécanismes qui provoquent cette occultation de l’identité, qu’elle soit volontaire ou non ».

A Massy, il reprend une idée initiée à Marseille en 2019 face au MUCEM : avec l’Amiral Doubitchou, des mots peints au pochoir sur des containers allaient voguer sur des cargos. Ici, avec l’aide d’une équipe de six personnes, il fait accoster l’Amiral Doubitchou dans un environnement en pleine transformation. De voyage, il n’est pas question dans ce quartier de bureaux et de petites entreprises, et pourtant, comme l’indique le panneau explicatif au début de la fresque, « chacun de ces mots nous transporte à la réflexion, au sens et à l’origine, pour que chacun puisse voir le territoire comme la convergence de toutes les cultures. C’est aussi la voie tracée par Eugénie Eboué-Tell », « figure de la culture noire et militante féministe ». « Chacun des mots comme anorak, label, cric, bricole, hamac, ski, divan, etc. est une invitation à penser la langue française et découvrir la part étrangère qui l’enrichit ; 30 % des mots que l’on emploie proviennent de l’étranger, ils sont d’origine italienne, anglaise, slave, persane, arabe, chinoise, espagnole, haïtienne, etc. Amiral Doubitchou touche à la question de l’identité liée à notre langue, non comme un repli mais comme la possibilité d’une rencontre… »

ANAÉ

Art en vue

Formes et lumières

En 2022, le centre culturel de Massy propose un projet baptisé Massyrama dont le thème est ‘‘ la chose en train de se faire ’’. L’association massicoise des sculpteurs-modeleurs Formes et Lumières décide d’y participer. Le projet de départ est un livre grand ouvert qui, finalement deviendra un empilement de livres afin de donner davantage de hauteur à l’œuvre. Pour la rendre plus vivante, il est décidé de surmonter la pile de livres d’un personnage. Le choix se porte sur une fillette en train de lire. La petite fille d’un des sculpteurs servira de modèle et donnera son prénom à l’œuvre : Anaé est née.

Le groupe de sculpteurs dessine d’abord le projet puis en choisit la taille : elle sera haute de 128 cm et reposera sur un socle de 70 cm d’arête.

Le travail commence par la réalisation d’une maquette au 1/5e en argile rouge cuite à 180° puis patinée afin d’obtenir l’aspect du bronze. L’association Formes et Lumières se charge de la fabrication du moule pour les livres : d’abord un moule en élastomère puis, par-dessus un moule en plâtre en prévoyant un trou pour couler la cire, ensuite ils sont fondus par la fonderie de Dourdan Art et Culture.

Les deux fondeurs Moussa et Noufou sont spécialisés dans la technique de la fonte à la cire perdue. Ce sont eux qui seront chargés de réaliser Anaé car le travail est plus complexe. D’abord fabriquée en cire, la sculpture est ensuite dupliquée en bronze lors de la coulée. A la sortie du four, elle est ébarbée et polie à la meuleuse.

Les logos de l’association et de la fonderie sont apposés sur l’œuvre ; puis les noms de tou.te.s les adhérent.e.s de Formes et Lumières sont inscrit.e.s sur la page du livre ouvert entre les mains d’Anaé. Les divers éléments, livre et fillette, sont agencés et soudés.

Il faut ensuite choisir la patine pour parfaire l’œuvre : ce sera une couleur cuir évoquant la couverture des vieux manuscrits. Anaé peut enfin être installée.

Le choix de l’emplacement a posé quelques difficultés, dues à des contraintes matérielles : il fallait un espace dégagé, sans conduites souterraines, capable de supporter le poids de l’œuvre et appartenant à la ville de Massy. Il fallait aussi l’intégrer dans un lieu qui fasse sens : elle sera installée devant le centre Jean Mermoz, avenue Nationale, où elle symbolise la force émancipatrice de la connaissance. Elle est inaugurée le 23 mars 2024.