SCULPTURE D’ACIER

Art en vue

Albert Feraud

En 1968, le sculpteur Albert Féraud a planté une structure haute d’environ 8 mètres au pied des tours du Nouveau Villaine, en bordure du boulevard du Premier Mai. Elle est constituée d’une multitude de tuyaux, soucoupes, feuilles, et objets divers soudés, martelés, pliés et reliés entre eux par des tiges droites ou tortueuses. Cette sculpture est plutôt longiligne, elle rappelle la forme d’un cyprès. Elle est placée sous la protection rapprochée de grands arbres qui la masquent en partie en été.

L’auteur y exprime sa passion pour le nouveau matériau : l’acier inoxydable, l’inox, et pour la projection dans l’espace à trois dimensions, de lignes, courbes, volutes et arabesques évocatrices de productions marines ou forestières jusque-là réservées à la représentation en deux dimensions. On trouve d’autres arbres en inox, de formes diverses, implantés, comme la structure massicoise, en pied d’immeubles et/ou dans des bosquets comme à Fontenay-sous-Bois ou à Passy.

Albert Féraud est né à Paris en 1921. Il est le fils de Geneviève Féraud, artiste lyrique, et de Charles Rachet, prix Nobel de médecine en 1913. Il étudie les Arts à Montpellier, Marseille puis Paris. Il obtient en 1951 le Premier Prix de Rome en Sculpture et, de façon classique, travaille surtout la pierre et le bronze. Mais, dès 1954, sous l’influence de Giacometti et de César, il cherche d’autres matériaux et d’autres inspirations : il utilise le plomb fondu, le fer soudé et bientôt l’inox. Comme le montre l’importante bibliographie qui lui est consacrée, son nom est lié à l’exploration des possibilités de ce nouveau matériau, dont il devient l’un des plus habiles et les plus inspirés manipulateurs.

À partir de 1960, Albert Féraud s’intéresse aux matériaux de récupération. Avec ses amis sculpteurs de la génération des « récupérateurs », notamment César et Michel Guino, il trouve ses matériaux dans les casses de voitures, les décharges industrielles. Son œuvre évolue vers une abstraction « effilée » de plus en plus marquée. Il s’est installé à Arcueil de 1957 à 1967 dans une ancienne usine de constructions métalliques, puis en 1970 achète à Bagneux un vaste atelier encore rempli de machines pour créer son atelier-usine. Il devient un forgeron utilisant en seconde main ce qui a déjà servi, réelle nouveauté dans l’histoire de la sculpture. On peut dire qu’il pratique une sorte de « recyclage » avant l’heure.

En consécration de son œuvre, il est élu en 1989 à l’Académie des Beaux-Arts. Plus de 70 expositions personnelles ont été organisées dans le monde, dont une importante exposition itinérante à Shanghai et Pékin, en 2001. Aujourd’hui, près de 50 œuvres se trouvent dans des collections publiques, françaises et étrangères, sans compter les nombreuses œuvres des collections privées. Il s’éteint à Bagneux en 2008.

OISEAU SOLAIRE

Art en vue

Alicia Moï-Orlan

Place Mogador se dresse une sculpture énigmatique de grande taille sans indication d’origine datant de la construction des immeubles qui l’entourent. C’est seulement en juin 2022 que l’autrice de cette œuvre a pu être identifiée : la mairie de Massy venait de recevoir un courrier de Christophe-Emmanuel Del Debbio, en charge de la préservation et de la transmission de l’œuvre de la sculptrice Alicia Moï-Orban, décédée le 17 mai, quelques mois avant son centième anniversaire ; il s’enquerrait de ce qu’il était advenu d’une de ses œuvres, l’Oiseau Solaire.

Après avoir débuté le modelage à Paris à l’Académie de la Grande Chaumière à l’âge de vingt ans, Alicia Moï-Orlan, née le 29 juillet 1922, au parcours atypique, s’était éloignée de la sculpture pour intégrer le cours Simon. Elle jouera au théâtre dans la pièce de Tennessee William Un tramway nommé désir un an avant la sortie du film d’Elia Kazan (1951). Elle reprend la sculpture en 1957 dans l’atelier d’André Del Debbio (1908-2010), impasse Ronsin, une cité d’artistes du XVe arrondissement, aujourd’hui disparue.

Christophe-Emmanuel Del Debbio est le fils de ce sculpteur dont Alicia fut l’élève. Il a confirmé que la sculpture Oiseau Solaire faisait partie d’une série d’œuvres commandées à Alicia Moï par la SCIC, la Société Centrale Immobilière de la Caisse des Dépôts, et précisé que, « dans le CV d’Alicia, cette œuvre semble être la première commande, reçue et exécutée en 1964. Elle a d’abord été faite en modelage, puis en plâtre, en petit format (environ 20 cm). Puis Alicia l’a taillée dans un bloc de pierre, sans doute sur le chantier d’Aubervilliers où elle travaillait en plein air. Le titre de l’œuvre est « Oiseau Solaire », (avec un S majuscule). Elle faisait partie d’une série de sculptures « solaires » monumentales, parfois en bronze, souvent taillées dans la pierre par Alicia elle-même. On trouve ainsi, entre autres, le Soleil d’Apocalypse installé à Rosny-sous-Bois la même année, l’Ange de l’Apocalypse installé à Gagny en 1967, la Tour Solaire installée à Sarcelles en 1967 ou la Précarité Solaire installée à Yerres en 1968. »

En faisant le tour de la sculpture, on peut deviner le corps d’un oiseau surmonté d’une aile géante dressée vers le ciel. Mais c’est sans doute une vision restrictive de cette œuvre insolite.

Si l’élément d’Alicia Moï était la pierre qu’elle travaillait en taille directe, à la massette ou au marteau-piqueur, elle a aussi créé du mobilier ou des pièces relevant des arts de la table aux formes très variées, et, à côté des sculptures monumentales, des bagues non montées entièrement en pierre.

En 2021, on a pu admirer quelques-unes de ses œuvres au musée Tinguely de Bâle dans le cadre d’une exposition consacrée à la cité d’artistes de l’impasse Ronsin.

SIGNAL

Art en vue

Pierre Brun

Une tour en acier d’une dizaine de mètres de haut semble garder, depuis 1970, l’entrée du collège Gérard Philipe du côté de la rue de Migneaux. Une haute colonne rectangulaire, massive, en partie masquée l’été par les branchages, supporte des branches en forme de U avec de beaux arrondis et des incurvés qui se croisent. Cette structure monumentale est l’œuvre du sculpteur Pierre Brun.

Cette œuvre pourrait sembler atypique dans son œuvre puisque son matériau de prédilection était le marbre : « Le marbre est translucide, il contient de la lumière. Au fur et à mesure qu’on le polit, il resplendit. » Mais il a travaillé tous les matériaux, soudant le cuivre ou l’acier, coulant le bronze ou taillant le marbre, le grès, le bois. Il a enseigné ces pratiques diverses, notamment à l’École des Arts Appliqués de Paris

Né en 1915 à Saint-Étienne dans une famille de 8 enfants, il effectue des études supérieures en lettres classiques ; il dessine et peint. C’est pendant ses cinq années de captivité qu’il découvre la sculpture : avec d’autres officiers prisonniers, il a créé un atelier ; il y travaille la glaise du camp. De retour en France, il étudie aux Beaux-Arts de Paris ; il se perfectionne dans la taille du marbre, le modelage et les fresques. Créer restera pour lui toucher du doigt la liberté. Cette tour d’acier qui semble défier le temps est-elle une ode à cette liberté ?

En 1970, Pierre Brun est déjà un sculpteur reconnu. En 1949, il a reçu le Prix National des Arts. Il a exposé dans divers salons et enseigne la sculpture dans différentes écoles de Beaux-Arts ; il est membre du jury de l’École des Beaux-Arts, en 1960, aux côtés de Giacometti. En 1987, il produit un buste de Charles de Gaulle à la demande d’Alain Peyrefitte. L’année suivante, il reçoit la médaille d’or du Salon des Artistes français. Plusieurs autres prix prestigieux suivront.

Pierre Brun a trouvé une de ses sources principales et inépuisables de création dans la beauté féminine :

« Pour moi, sculpter des femmes n’est pas complètement en dehors de l’Éros, mais c’est plus de la contemplation que de la sensualité ; pour moi, le corps d’une femme est un de plus beaux joyaux de la création. » a-t-il confié au journal Le Pays Briard en 2008.

Il proclame aussi sa fierté de son travail d’enseignant : « J’espère avoir enseigné la sincérité : faire des choses vraies, profondes, pas suivre une mode par vanité. »

Lorsque Pierre Brun décède à Boissy-le-Châtel en juin 2011, à 95 ans, il est probablement le doyen des sculpteurs français.

Il a créé plus d’un millier d’œuvres que l’on trouve en France dans les parcs ou sur les places de maintes villes, dans des universités, lycées ou collèges et dans de nombreuses églises.

FRESQUE RUE DE TÉHÉRAN

Art en vue

Sofiane Knox

Né en 1997, Sofiane Knox a toujours habité rue de Lisbonne à Massy. Son père, né au Maroc, est venu faire ses études à la faculté de pharmacie de Châtenay et a habité Verrières. Sa mère, originaire de Villetaneuse, travaille à la mairie de Massy. Au lycée Fustel de Coulanges, il choisit la section Histoire des arts. Il sort diplômé en design et graphisme de l’École nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d’art et de la Fonderie de l’Image de Bagnolet.

Il commence sa carrière d’artiste auteur en free-lance en 2018. Enfant de Massy, il a travaillé à Paul B, est en relation avec Karine Pommelet, responsable des Arts visuels, et rejoint l’association Suprémassy.  Il expose à la médiathèque Hélène Oudoux, dans le local provisoire de Suprémassy et au Ferry à Palaiseau.

Son talent est vite repéré notamment par Rakuten Viber et Trente Trois Degrés. Ce qui lui vaut, en 2022, de participer à une exposition collective, The Big Dream, qui fait le tour du monde. Passionné de jazz encore plus que de rap, il participe en 2023 au festival de jazz de Craiova en Roumanie à nouveau dans le cadre d’une exposition collective. On le retrouve en 2024 à La Haye et à la Fabrique Culturelle de Palaiseau avec son exposition Etoile dansante.

Sofiane produit aussi des « dessins de personnages originaux et colorés qui portent un récit » et pour lesquels « il s’inspire beaucoup de la littérature, du rap et du cinéma ». On peut se procurer ses œuvres via sa boutique en ligne.

En 2025, il est chargé de peindre une fresque murale allée de Téhéran, près de son domicile. L’association de football du secteur, Football 59 Together, avait le projet d’un espace de proximité avec une fresque à l’entrée, ce que la mairie a accepté. Le dessin a été élaboré à partir des idées données par les jeunes (14-18 ans) de l’association : il fallait représenter le football, deux équipes, des filles et des garçons, et inclure la phrase suggérée par Hanna : « Ici poussent des rêves que personne n’arrachera ».

Sur cette base, Sofiane a élaboré trois croquis parmi lesquels la Ville a choisi. Un petit mur en béton de 4 m x 2 m a été construit à l’entrée du city stade pour recevoir cette œuvre. Pendant l’été, Sofiane a tracé les limites des zones. En deux semaines, sous sa conduite, une vingtaine d’enfants du quartier, de 3 à 12 ans, ont peint la fresque qui a été inaugurée le 19 septembre.

A la fin de l’été, c’est avec quatre jeunes qu’il peint une fresque sur le sol du patio de Paul B : sur un fond rouge, les jeunes ont dispersé des taches blanches que Sofiane a transformées en têtes ou en symboles des activités de Paul B. Les couleurs, dynamiques, ont été déterminées par les contraintes techniques.