FRESQUES DE LA POTERNE

Art en vue

Les bâtiments publics du secteur de la Poterne ont des façades décorées de diverses manières. Nous avons déjà vu les curieuses décorations de l’école maternelle. Le côté de la maison de quartier, l’Espace Bièvre-Poterne, donnant sur l’allée en direction de l’école a été peint au début de l’été 2018 par cinq jeunes dans le cadre d’un chantier d’insertion. On lisait près de l’entrée : « Ces murs ont été rénovés avec l’aide de : Bram’s, Lemsi, Gadu5romu Kalilou, Mr Hamzy ». Ils étaient encadrés par Pest. Les éléments techniques de la paroi étaient intégrés dans le dessin final. La fresque illustrait le titre Universel par la représentation de feuillages, d’animaux – une baleine bleue et un ara bleu – d’un amérindien et de la Terre et la Lune dans un ciel étoilé. 

Cette peinture a été recouverte à l’été 2023 par une nouvelle fresque collective représentant deux enfants au bord d’un lac. Les tons bleus dominent toujours..

Le revêtement de la salle d’escalade restitue l’aspect d’une paroi rocheuse parfois couverte de lichens. L’entrée du gymnase voisin est surmontée d’une fresque décorative qui porte deux signatures. Les auteurs d’origine en sont les graffeurs Keon et Bryke. Sont représentées de façon plus ou moins réaliste diverses disciplines sportives : gymnastique rythmique et sportive, tennis, basket.

Quant à la grande façade aveugle du côté de l’avenue Allende, elle est agrémentée d’une fresque en l’honneur des diverses formes et difficultés de l’escalade dans la nature. Cette fresque en partie couverte de graffitis parasites est signée Action Graffique.

PALES EN DRAPEAU

Art en vue

Michel Guino

En 1970, Michel Guino, ami d’Albert Féraud, installe une sculpture monumentale de 6 mètres de haut rue Victor Hugo, au pied de tours du Nouveau Villaine. Celle-ci a un titre : Pales en drapeau.

Né à Paris en 1926, Michel Guino a découvert l‘art dans l’atelier de son père qui fut co-auteur de sculptures d’Auguste Renoir. Il a étudié les Beaux-Arts avec César, Hiquily et Féraud. En 1951, sous l’influence de Julio Gonzales, il découvre la voie du métal : laiton, plomb deviennent ses matériaux de prédilection : « Le métal nous permet un nouvel espace, une conception plus cosmique de la forme et de la lumière qui reste la véritable matière à manier. »

Dans les années 1960, il rejoint le courant des « récupérateurs ». Non seulement les objets récupérés en usine ou chez des ferrailleurs deviennent ses principaux matériaux, mais ils sont aussi une source d’inspiration. Il crée d’abord des personnages filiformes à morphologie humaine puis s’oriente vers des compositions plus abstraites. L’artiste laisse percer son goût pour les formes héritées de l’usine, alliance de rigueur et de vigueur. En particulier, il utilise, comme ici, des hélices et des ailettes de réacteurs fixées sur un mât composé de plusieurs tuyaux, mais on peut aussi y voir d’immenses pétales de fleurs. À partir de 1964, il réalise régulièrement des œuvres monumentales comme la grande fresque métallique pour la Faculté des Arts de Nice, avec son ami Féraud ou seul comme à Agadir, Rabat, Paris ou Massy. 

Pales en drapeau est aussi représentative des réflexions artistiques de Michel Guino. En 1964, il s’interrogeait sur le nécessaire rapport entre sculpture et architecture et déclarait : « J’ai toujours eu envie de placer une sculpture dans un ensemble moderne non pas comme un simple objet d’ameublement mais comme un signe chargé près de l’homme. »

À partir de 1975, il se rapproche de la figuration, créant des sortes de robots, des sculptures-jeux, des tables, des bijoux. Il s’intéresse même aux circuits électroniques. Il est aussi dessinateur et graveur. Mais il reste avant tout un sculpteur : « allié de la lumière : je me mets devant des bouts de matière et de matériaux, je les questionne et les fais danser. »

Michel Guino a exposé dans de nombreux salons et biennales et obtenu des prix prestigieux : prix de la critique, prix André Susse, grand prix de la ville de Marseille. On trouve ses œuvres dans plusieurs musées français, mais aussi à Washington et en Israël. 

La dernière exposition à laquelle il a participé a eu lieu à la propriété Caillebotte, à Yerres, en 2009. 

Il est décédé en 2013 à Lancieux où il s’était installé.

LA NATURE ET DES HOMMES

Art en vue

OJI

La fresque la plus monumentale de Massy a été peinte 5 avenue de Bourgogne en septembre 2021, en moins d’une semaine, par un artiste de réputation internationale, Oji.

Né à Montreuil, Jonas Biancolli est peintre en bâtiment. En 2014, à l’âge de 25 ans, il découvre le dessin pendant une longue convalescence et bientôt la bombe aérosol et la rue comme terrain d’expression artistique. Il y apprend le travail des couleurs et de la matière. Rapidement, il signe ses œuvres Oji. Ce nom contient des lettres de son nom et prénom et il possède phonétiquement une signification dans plusieurs langues : « original » en anglais argotique, « aujourd’hui » en italien, « le prince » en japonais.

Oji peint d’abord des portraits sur les murs des friches. Dès 2016, il s’essaie à la peinture sur toile, mais il poursuit le muralisme grand format, spontané ou dans le cadre de projets sociaux ou de collaborations artistiques. Il est désormais réputé pour ses grandes fresques à New-York, au Mexique, au Guatemala, en Italie comme à Paris. Ses tableaux font l’objet d’expositions.

Il continue cependant de se perfectionner en organisant avec ses amis un atelier au premier étage du Traquenard, un bistrot de Montreuil. Sa technique a évolué mais aussi ses sujets d’inspiration. Il est touché par « le silence des toiles d’Edward Hopper. C’est comme si le temps s’arrêtait, on se focalise sur les personnages et les formes géométriques. » Il travaille parfois avec des photographes. La nature, représentée par les oiseaux et la végétation, tient une place importante. Un autre thème qui fascine Oji est la main. Quel que soit le sujet, il se veut « peintre-poète ». Dans la rubrique « A propos » de son site est écrit : « Influencé par la peinture américaine et le design graphique, il développe peu à peu son propre style, en l’enrichissant continuellement par l’apprentissage du dessin et la maîtrise des couleurs. Cela en essayant de n’oublier jamais la poésie, au service de messages humanistes. »

La fresque de Massy est une énorme murale de 40 m de haut peinte à l’aide d’une nacelle. On y trouve les thèmes chers à Oji qui commente ainsi son œuvre le jour de l’inauguration : « C’est un adulte et un enfant. Tous les deux tiennent un oiseau. L’enfant est à l’avant de la scène, c’est l’enfant qui guide l’adulte. (…) C’est pour dire : faisons confiance à la jeune génération. » 

Le projet a été porté par l’APES et Erigère. Cette société est la filiale francilienne d’Action Logement, acteur du logement social et intermédiaire en France. L’association APES se déclare « actrice de la transition économique, écologique et solidaire. ». Le projet d’Oji a été choisi entre deux propositions par les locataires du bâtiment.

En 2024, Oji peint une fresque de la même inspiration au pied du pignon d’un immeuble voisin, 1 rue d’Alger, la fresque de Pest qui se trouvait initialement à cet endroit ayant été vandalisée. Fin février 2026, la petite fresque d’Oji est effacée suite à des travaux sur l’immeuble.

LE MUR DES POÈTES

Art en vue

Monique Bourdeau-Gouzène

Rue de Londres se tenait jusqu’en 2000 la tour de l’AFI : l’Association des Foyers Internationaux y accueillait des étudiants et chômeurs étrangers, dont de nombreux africains.

Sur le bâtiment technique face à cette tour, une fresque peinte en 1986 illumine le mur. Depuis, la tour a été remplacée par un immeuble de 105 logements, mais la fresque d’une superficie totale de 85 m², de 17 m de longueur et de 5 m de hauteur demeure, malheureusement moins visible car désormais derrière des grilles.

Cette peinture murale a été réalisée par Monique Bourdeau-Gouzène avec l’aide de Jean, son fils. Elle illustre l’idée « Si la poésie meurt, l’univers aura froid » mais est appelée couramment Le mur des Poètes. L’artiste explique sa démarche : « Massy en 1986. Déjà un creuset où se fondaient les cultures et les manières de vivre, les adolescents en révolte et les retraités, les anciens du vieux village et les immigrés récents. Avant les « printemps des poètes » de la fin du siècle, j’ai voulu laisser trace d’une réelle activité poétique dans la ville. Ce fut la peinture de cette très grande fresque […]. Les visages en portraits sont ceux d’une jeunesse qui s’y reconnaît. Les textes enluminés sont des poèmes chantés par cette même jeunesse. Tout cela a passé, les mots se sont envolés. La peinture est restée. La Murale n’est pas seulement marque, témoin. Elle est aussi élément de la ville. Ce qui est écrit est lu, ce qui est dessiné en symboles est compris et incorporé à l’inconscient social. »

Monique Bourdeau-Gouzène est née en 1936 à Beyrouth. Elle a voyagé autour du monde avec sa famille. Dans les années 1980, elle s’installe en France à Verrières-le-Buisson. Elle devient membre de l’association des artistes de Verrières et elle milite dans deux associations massicoises : Au Plaisir de Lire avec Annie Bozelec et Jeunes pour le Monde avec Lucienne Serrat. Ces associations ont porté le projet du Mur des Poètes et leurs membres servent de modèles pour les portraits.

Monique Bourdeau-Gouzène aime les couleurs vives et les jeux de lumière. Ses portraits se diluent dans l’espace. Ses abstractions correspondent à une recherche spirituelle : « L’Art ouvre l’accès à la vie spirituelle ». Elle a créé de nombreux tableaux peints à l’huile sur toile, mais elle est plus connue pour ses grandes peintures murales ou sur plafonds comme Les Raisins Clairs sur les murs d’une bibliothèque en Guadeloupe, le Vert Buisson peint sur le plafond de l’ancienne mairie de Verrières ou la murale L’eau à Athènes.

Sur un site de voyage, thetrainline.com, qui décrit Massy en une quinzaine de lignes, il est indiqué
« À la jonction des deux univers [le village et la ville moderne], le Mur des Poètes, fresque murale réalisée en 1986 par Monique Bourdeau-Gouzène, célèbre la jeunesse. »

MOTS PERDUS

Art en vue

Elvira Domenech, Rosa Puente, Catherine Lévêque, Jaimé Raddatz

Quatre artistes massicois, Elvira Domenech, peintre et plasticienne, Rosa Puente, sculptrice, Catherine Lévêque, sculptrice, et Jaimé Raddatz, peintre, coordonnés par Jean-Pierre Colin, architecte, ont créé des illustrations autour de mots et d’expressions du passé. L’idée de la recherche des mots perdus ou peu usités a été conçue en liaison avec les bibliothécaires de la médiathèque Jean Cocteau, dont Marie-Hélène Rotambourg était alors directrice, et le service culturel de la ville. Il s’agissait de trouver des mots anciens, oubliés de nos jours, donc perdus, en rapport avec les activités du quartier au centre-ville : commerces, école, marché, poste. Cette première recherche devait aboutir en septembre 2000 à un parcours dans les rues, balisé par des boules bleues lumineuses en hauteur devant les lieux concernés.

Quelques années plus tard, ces illustrations ont trouvé leur place définitive sur le parvis de la nouvelle place Robert Langlois. Les dessins, maquettes et matrices en terre ont été conçus et réalisés par les quatre artistes, qui ont suivi le travail de coulage et de patine des plaques. Douze plaques, illustrant chacune une expression et sa traduction moderne, ont été scellées sur le pavé de la place. La fonte en bronze a été effectuée par l’entreprise massicoise Girebronze, fermée en 2006, qui fournissait essentiellement le secteur de l’armement et secondairement des artistes. Une treizième plaque, qui aurait pu être un résumé explicatif, n’a été qu’envisagée.

L’inauguration a eu lieu le 11 décembre 2005. À cette occasion, avant le discours inaugural prononcé par le maire Vincent Delahaye, des comédiens de la troupe des Tréteaux Amateurs de Massy (TAM), avec des habitants « anonymes », artistes d’un jour, ont entamé une série d’improvisations invitant le public à découvrir le sens de ces mots et expressions du passé : spectacle toujours drôle, souvent rythmé, parfois dansé. 

Voici les mots perdus, suivis de leur traduction, que l’on peut découvrir en montant la place : un onguent miton mitaine (remède qui ne fait ni bien ni mal), courtaud de boutanche (commis de magasin), avoir mardi fusée (aller trop lentement), délier brunette (ôter le bouchon de la bouteille), faire trembler le lard au charnier (être gros mangeur), être au nid de la pie (être très fortuné), dire ses gaudées (dire ses prières), jouer à cligne-musette (jouer à cache-cache), le lait à broder (l’encre), balancer une lazagne (adresser une lettre), la portière du petit guichet (la sage-femme), avoir le bouquet sur l’oreille (maison à vendre).

MATERA

Art en vue

Eva Jospin

Artiste plasticienne née en 1975, ancienne élève de l’École des Beaux-Arts de Paris, Eva Jospin a été pensionnaire de la villa Médicis en 2016-17. Son matériau privilégié est le carton car il est « simple, facile et peu onéreux, se coupe, se plie et colle à toutes ses fantaisies. » Selon Emanuele Coccia, invité à présenter sa dernière exposition, ce matériau pauvre et monochrome fait « ressortir le détail et la puissance du dessin […] Ses sculptures semblent presque être l’équivalent sculptural des grisailles de Mantegna [peintre de la première Renaissance italienne] : alors que le but de Mantegna était de souligner l’émergence de l’ancien dans le contemporain, celui d’Eva Jospin est de souligner la fusion du naturel et de l’architectural. » Mais l’artiste utilise aussi d’autres matériaux et, dans ses dernières œuvres, se révèle une coloriste de talent.

De réputation nationale et même internationale, elle multiplie les installations et les expositions depuis 2013. Ainsi, elle a exposé au musée des impressionnismes de Giverny en intérieur et dans le jardin. Simultanément, elle était invitée pour la seconde fois au musée de la Chasse et de la Nature à Paris. En 2026, elle est invitée au Grand Palais pour Grottesco. Elle produit aussi des œuvres à la demande du groupe immobilier Emerige dans le cadre de la Charte 1 immeuble 1 œuvre. En 2017, elle a reçu le Prix 1 immeuble 1 œuvre pour la sculpture monumentale La Traversée dans la galerie Beaupassage (Paris 7e). L’année suivante, elle réalise une œuvre intitulée Voyage au centre de la Terre et Matera qui sera retenue en 2019 pour décorer la façade d’un bâtiment de la ZAC de Vilgénis.

Avec Matera, Eva Jospin rend hommage à cette ville d’Italie à l’architecture troglodyte. Réalisée en 2018, cette murale de carton, bois et papiers de couleur mesure 10 m de long sur 3,70 m de haut et 30 cm d’épaisseur. Présentée d’abord à la galerie Suzanne Tarasiève, l’œuvre a été exposée pour la saison d’hiver 2021-22 près de l’œuvre Galleria au musée de la Chasse et de la Nature, qui la commente en ces termes : « En abrasant la surface de multiples couches de carton disposées en quinconce, Eva Jospin sculpte une forme stratifiée qui rend hommage aux nombreuses carrières de la région […] L’artiste invoque également les éléments naturels qui incisent peu à peu la matière […]. À partir d’un lieu cher à son cœur, Eva Jospin crée ainsi une œuvre qui génère d’infinis réseaux d’images et de métaphores. » 

Ce tableau a été utilisé en creux, comme matrice, par mise en œuvre de techniques de moulage, pour animer le béton de la façade d’un bâtiment mixte habitation, crèche et commerces, situé entre la rue de Vilgénis et l’allée Fourquaud. Le béton est un autre matériau favori d’Eva Jospin. Ainsi l’œuvre fragile en carton est fossilisée et devient durable. Le rendu du moulage est très variable selon l’heure et la météorologie : quasi invisible par temps pluvieux, en relief et animé avec un soleil rasant.

LIGNES DE VIE

Art en vue

Luc Richard

Jusqu’en 2018 les indigents étaient inhumés dans un carré dédié au cimetière sud de Massy. Les sépultures, temporaires, étaient seulement signalées par une petite croix de bois qui, au fil des ans, disparaissait. Il ne subsistait plus alors aucune trace de leur passage. Sur la proposition de Nadine Brioit, conseillère municipale déléguée, la municipalité a décidé la création d’un monument qui permettrait de les honorer en gravant leurs noms pour toujours. Dix-huit artistes ont répondu à l’appel à projet et c’est celui de Luc Richard qui a été choisi.

Il propose un refuge, un abri pour ceux qui en ont manqué. En pensant aux chapelles funéraires réservées aux classes aisées qui jalonnent les allées des cimetières lui vient l’idée d’une structure en forme de chapelle, une manière de briser la hiérarchie qui subsiste jusque dans l’architecture mortuaire. Cette chapelle n’aura aucun caractère ni symbole religieux. Ce sera un espace laïque ouvert vers le monde capable de recevoir n’importe qui sans discrimination. Ce sera un « espace entre deux mondes ouvert vers l’extérieur ». 

La chapelle réalisée est bichromatique : l’inox poli miroir reflète la végétation du cimetière et renforce le sentiment d’immatérialité ; le bleu souligne l’architecture de l’édifice. La structure composée de carrés permet l’accrochage de 496 plaques de 6 cm sur 6 cm également en inox poli miroir. Les noms des défunts y sont gravés au fur et à mesure. Luc Richard a baptisé cette structure Lignes de vie.

Né à Paris en 1975, Luc Richard vit et travaille à Bordeaux. Étudiant aux Beaux-Arts d’Arras, il obtient un diplôme des Métiers d’Art, section volume. Puis il se perfectionne auprès d’un maître d’œuvre à Arcueil pour le moulage et la statuaire. Ensuite, il travaille dans différents ateliers de décor en tant que responsable technique, concepteur ou chef de projet. Parallèlement au décor, il développe sa carrière d’artiste et se consacre à la réalisation d’installations monumentales en extérieur en collaborant parfois avec des paysagistes. Il préfère l’interactivité avec le public au travail solitaire. Son œuvre se caractérise par la répétition des motifs dans une sorte de systématisme influencé par la musique minimaliste et répétitive. Ses matériaux de prédilection sont le bois, la résine, l’acier et parfois des objets de récupération qu’il travaille in situ.

Il crée des œuvres dans toute la France à l’occasion de ses diverses résidences. Par exemple à Royan Souffle, en 2022, une stèle à la mémoire des victimes des bombardements de 1945, à Corme-Écluse en Nouvelle Aquitaine Grain inspiré par la pluie, au bois de Kergré en Bretagne une bibliothèque entre deux arbres, au Pays basque pour la Fête de la Corniche 350 manchots en plâtre. Il a également été lauréat du concours international des Jardins de Chaumont-sur-Loire et des Jardins d’Allaritz en Espagne.

JOUR DE MARCHÉ

Art en vue

Alex Garcia

Deux séries d’œuvres en bronze, chacune sur une place pavée dans le centre de Massy, sont dues à un sculpteur de La Ferté Allais, Alex Garcia (1938-2020). 

La composition sculpturale Jour de Marché face à l’église Sainte Marie-Madeleine, place de la Tuilerie, a été inaugurée en décembre 1987. Elle se compose de quatre éléments familiers qui, dépourvus de socles, fixés à même le sol, se mêlent aux passants. Une femme de taille moyenne, vêtue d’une robe et coiffée de nattes tient avec son bras et sa main droite un pain épais plutôt long. Elle tient la main d’une fillette vêtue et coiffée comme elle. Non loin de ce duo, un chien de belle taille, alerte, porte un journal dans sa gueule. La dernière statue représente une seconde fillette qui tient une balle.

Selon Alex Garcia et cela peut s’appliquer réellement à son œuvre sur Massy : « La sculpture doit pénétrer la ville et les gens doivent s’attarder devant des personnages, des animaux, et toutes les petites choses qui sont le décor de la vie, de notre environnement. »

Alex Garcia est l’auteur de sculptures de toutes tailles, parfois monumentales, le plus souvent coulées à la fonderie Coubertin de Saint-Rémy-les-Chevreuse. On les trouve surtout devant des écoles, des bâtiments administratifs ou chez des particuliers. Il aimait à représenter les animaux, les humains, diverses sortes d’artisans. Il eut le projet dans les années 90 d’installer des statues de Gaulois depuis Paris jusqu’à Vintimille.

Sa création la plus connue, aujourd’hui disparue suite à un vol, dite La Semeuse ou La Francilienne en bordure de l’autoroute A6 près d’Évry, montrait une femme qui marche avec un chapeau sur la tête et des sacs à la main. Certains critiques de l’époque y avaient vu le symbole de la femme active et consommatrice !

Notre région est riche par ailleurs de plusieurs de ses œuvres ainsi Don Quichotte à Villebon, Le Colporteur à Montlhéry, un des Gaulois au Kremlin-Bicêtre, La Bicyclette à Epinay-sous-Sénart.

GRAFFAUNE PIGEONS

Art en vue

Daco

Le long de la partie de l’avenue Carnot qui se trouve un peu après le rond-point Nelson Mandela jusqu’à l’angle de la rue du Chemin des femmes s’étend une longue fresque sur palissade de 70m x 2m intitulée Graffaune pigeons. Cette peinture a été réalisée en juillet 2023 au cours d’un atelier participatif effectué avec le centre de loisirs de l’école Léonard de Vinci. Ce projet a pu se concrétiser avec l’aide de Paris Sud Aménagement et l’encadrement du street artist DACO.

DACO, pseudonyme de Damien Collignon, est un artiste français originaire de la banlieue sud de Paris – il est né en 1980 à Palaiseau. Initialement formé dans des écoles de dessin, il a trouvé sa voie dans l’expression artistique du graffiti. Il a exploré divers styles dans ce domaine, débutant par du lettrage classique avant de se tourner vers le wildstyle pour sa complexité esthétique. Sensibilisé par le constructivisme russe pendant ses études aux Beaux-Arts il s’oriente très vite vers un style déstructuré, éclaté afin de se créer une identité visuelle, un style caractérisé par des compositions graphiques et géométriques, dynamiques et colorées. Ses terrains de prédilection sont les friches et les gros murs. 

Ces dernières années, il a participé à de nombreux projets : fresques murales, réhabilitations d’Écoquartiers, réalisation de vitrines de restaurants, de boutiques, peintures pour des particuliers et des entreprises et au sein d’écoles, de médiathèques, peintures à vocations sociales dans des hôpitaux et des maisons spécialisées…

L’univers artistique de DACO est marqué par des couleurs et des formes qui transcendent le réel. À travers ses créations, il cherche à capturer le dynamisme des animaux, les représentant en mouvement. Ses œuvres se distinguent par un mélange de couleurs et une esthétique géométrique qui créent une atmosphère urbaine singulière où le graffiti et la faune – d’où le terme « graffaune » contraction de graffiti et de faune – se fondent dans un équilibre graphique. Il recherche le côté dynamique de la bête en plein mouvement, qui s’exprime, qui sort de la toile. 

C’est ce que l’on retrouve sur la fresque de l’avenue Carnot qui représente, sur un fond bleu, quatre pigeons en vol au milieu de formes géométriques triangulaires de couleurs vives – blanc, rouge, jaune, noir… Les pigeons sont eux-mêmes très colorés, leurs ailes déployées sont d’un jaune vif strié de fils blancs, noirs et rouges. Leurs becs sont eux aussi jaune vif et leurs têtes gris clair. Le corps des pigeons se compose de stries moins flamboyantes que les ailes mais toujours de couleurs diverses, noires, bleues, blanches, brun clair. Leurs pattes sont noires. Les mêmes couleurs ont été utilisées pour le corps des pigeons et pour les motifs géométriques. Les oiseaux occupent le centre de la fresque et toute la hauteur de celle-ci et sont opposés deux par deux.

« Ma recherche, c’est l’évolution de l’animal dans la ville. Il faut tout envahir, la rue, les toiles… »

LES EXTRA-TERRESTRES

Art en vue

Pierre Székely

Devant le collège Diderot est installé, depuis 1973, un ensemble décoratif monumental de 10 m de circonférence. Il est composé de plusieurs modules de différentes formes et hauteurs, construits en mosaïque de pavés de briques de diverses nuances, du jaune rosé jusqu’à l’ocre brun. Il est l’œuvre de Pierre Székely qui l’a intitulé Les Extra-Terrestres.

Né en 1923 à Budapest, il dessine très jeune et étudie dans l’atelier de Hanna Dallos, dessinatrice, graphiste et graveuse sur bois. En 1945, Hanna décède dans un camp. Déporté dans un camp de travail, il s’initie à la taille de la pierre avant de s’enfuir. Il vient en France après-guerre. Dès 1957, nombre de communes de l’Essonne actuelle se dotent de ses œuvres dont des « sculptures jeux » comme Le Chameau pour un groupe scolaire de Palaiseau. Il réalise des œuvres aux quatre coins de la France, notamment en Normandie. Il entame une carrière internationale : il réalise en 1968 Soleil Bipède pour les Jeux Olympiques de Mexico.

À Massy, l’œuvre lui est demandée dans le cadre du « 1% artistique. » Il construit à nouveau une sculpture jeu, mais cette fois de grand format. Il n’utilise ni le béton blanc comme dans les précédentes, ni sa matière préférée, le granit, mais il reprend sa pratique de la terre cuite. On retrouve les lignes courbes légèrement tourmentées qui marquent ses œuvres. Il traite un thème, les astres et leurs possibles habitants, qu’il a déjà abordé dans des sculptures comme Energie solaire en Hongrie, Contact à Berlin, ou encore Univers œuf à Pondichéry ou dans des dessins comme la Cité aérienne. Ici, on peut imaginer voir des soucoupes volantes ou un habitat pour visiteurs extra-terrestres. Mais, comme le déclare le sculpteur, ses œuvres ne sont ni abstraites ni figuratives, mais « expressives » ; « ce sont des œuvres contemporaines, donc intemporelles. Le seul but de mes œuvres est de procurer autant de plaisir que j’ai eu en les créant. »

En 1975, de nouveau dans notre voisinage, Pierre Székely façonne la première sculpture d’escalade, La Dame du Lac, dans le parc d’Évry : 30 m de circonférence, 17 m de haut, en béton coloré dans sa masse. Artiste multidisciplinaire, il poursuit sa carrière artistique en France, en Europe et au Japon où deux musées lui sont consacrés. Il fonde l’Institut Européen de technologie du granit et ouvre un atelier collectif d’estampe à Athènes. Il continue de construire des œuvres monumentales dont Puberté à Lisbonne, Paix à Budapest et L’Oiseau Impossible à Sapporo. En 1978, il est nommé grand prix de la Biennale des Arts de la Rue et Docteur Honoris Causa à l’Académie Royale de la Haye. En 1981, la monnaie de Paris coule une trentaine de ses médailles et il reçoit la visite ainsi que des commandes de François Mitterrand.

Il meurt à Paris en 2001.