LA REINE DES NEIGES

Fresque

Jean Saro

Dans le Grand Ensemble, une fresque bleue apparaît sur le pignon du Centre des finances publiques au 8 avenue de France.

Elle représente, sur toute la hauteur du bâtiment de trois étages, un visage peint en bleu et un bois évoqué par un tronc et quelques petits sapins verts. Ce bois ne s’aperçoit que l’hiver, lorsque les arbres sont dépouillés de leurs feuilles. 

Cette peinture est l’œuvre d’un jeune canadien, Jean Saro, venu à la fin des années 1970 pour un stage de formation dans ce qui était alors la Bibliothèque publique de Massy, bibliothèque d’Etat qui était bibliothèque modèle et centre de formation. Jean Saro prit l’initiative de cette décoration avec l’accord de la directrice de l’époque de cette structure, Mme Gascuel. Il l’a réalisée avec l’aide de l’association Au plaisir de Lire. Marie-Renée Cazabon, ancienne bibliothécaire, raconte : « Je me souviens de l’inauguration de la fresque en grande pompe et de ma crainte de la voir recouverte par des tags. »
La fresque photographiée par Jean-Marie Jacquemin fut diffusée en carte postale dans les années 1980.

Selon les souvenirs collectés, le jeune artiste serait aussi l’auteur d’une peinture au Centre Paul Bailliart disparue lors de la rénovation du bâtiment ainsi que d’une autre fresque, La vallée du sphinx émergeant, dans l’entrée d’une résidence rue Gabriel Péri.

LE CHAMP DE LA VILLE

Fresque

Monique Bourdeau-Gouzène

Sous le pont du TGV, rue d’Estienne d’Orves, l’un des deux murs bordant la route est tapissé d’une fresque de 225 m², constituée de sept tableaux qui sont des rectangles d’or, dont le rapport de la longueur à la largeur est le nombre d’or 1,618. Elle a en effet été réalisée selon la suite de Fibonacci, dans laquelle les deux premiers termes sont égaux à 1, et les termes suivants sont égaux à la somme des deux termes qui les précèdent (1, 1, 2, 3, 5, 8…). Les quotients de deux termes consécutifs de cette suite approchent le nombre d’or. « C’est cette suite qui instaure le rythme des éléments de la fresque par progression et régression dans les dimensions des sujets et dans les fréquences des couleurs. Le rythme est donné par le trait : montant-descendant-long-court-fort-faible et par la répétition. Chaque élément a les proportions du nombre d’or et comporte un rectangle d’or et deux carrés parfaits. »

Elle est l’œuvre de Monique Bourdeau-Gouzène, conceptrice et réalisatrice, dont le parti pris est d’ouvrir les espaces, manipuler la combinatoire des formes et des motifs pour approcher la virtuosité observée dans la nature. Elle a fait participer, pour son élaboration, des jeunes de 13 à 18 ans au cours d’ateliers qui se sont tenus en juillet 1993 à l’école Camus, avenue de la République. Cette murale leur a apporté des notions sur une réalisation à partir de la pensée créative. La fresque a été inaugurée le 16 juin 1995. Cet ouvrage d’art a reçu le label 1 000 défis pour ma planète du ministère de l’environnement.

L’artiste explique pourquoi elle a choisi de réaliser cette fresque sous le pont du TGV : « De tous les temps, les grottes ont été des lieux de prédilection pour exprimer des Paraboles. La caverne, archétype de la matrice maternelle, figure dans les mythes d’origine, de renaissance, d’initiation. C’est un gigantesque réceptacle d’énergie (…) Elle abrite des trésors cachés. »

Cette œuvre évoque une partie de l’histoire de Massy avec ses habitants, ses champs de blé, ses moutons, ses vignes, ses grappes de raisin, son eau vive, la Bièvre. C’est dans le livre de Paul Bailliart, Histoire de Massy, que l’artiste a découvert Le Champ de la ville et s’en est inspirée : « À l’époque mérovingienne, écrit-il, la ville de Matius était sise sur un point élevé. Au-delà de son enceinte, il y avait ¨Le Champ de la Ville¨. Il s’étendait sur la plaine, aujourd’hui couverte de bâtiments, un peu au-delà de la route de Chartres, en venant de Paris sur la gauche. »

Encore quelques mots de l’artiste : « C’est l’aspect humain qui intéresse : contact, relation, environnement […] Le passé est régénéré. L’humain réfléchit sur le sens de la vie […] J’ai fait vivre deux environnements : celui de la culture, celui de la nature. L’Histoire de l’humain fait partie de la terre. Enfin cette peinture pourra apporter du rêve qui fécondera la réalité. »

Le premier tableau représente l’espace qui accueillait les fêtes des massicois et met en scène une troupe de danseurs farandolant la main dans la main comme autrefois. Ils traversent, en biais, le champ, d’une façon dynamique. Ce mouvement donne vie aux personnages. Juste derrière se trouvent deux lignes de fuite qui évoquent une voie de chemin de fer, comme celle du TGV située juste au-dessus.

Le deuxième tableau représente la vigne, qui tient une place importante dans la culture depuis l’antiquité. Les plants de vigne sont dessinés avec leurs racines afin de rappeler la recherche par les hommes de leurs racines et de leurs valeurs. Les plantations régulières de pieds de vigne sont évoquées par une succession de dessins, tous identiques en tenant compte de la perspective. Les fraises sont représentées en parallèle au-dessus des vignes. Les couleurs et leurs combinaisons s’enchaînent pour accrocher le regard.

Au deuxième plan du troisième tableau, ce sont les semailles qui sont suggérées. Massy est un village agricole jusqu’au début du XXe siècle ; les habitants y vivaient selon les traditions paysannes ; ils produisaient en particulier du blé.

Dans le quatrième tableau, avec les silhouettes d’enfants, les formes humaines sont épurées. Les lignes privilégient les courbes et les contre-courbes. Pour le spectateur, la simplicité des figures fait parfois oublier la conduite intellectuelle sous-jacente.

Le cinquième tableau évoque la Bièvre d’antan alors qu’elle est déjà totalement souterraine à l’époque du dessin.

Une abondance d’espaces jardinés ou cultivés raconte dans le sixième tableau le paysage de banlieue avant le développement de la ville. Une fois les parcelles dessinées, l’artiste a fait entrer la lumière avec les couleurs.

Enfin dans le septième tableau, le soleil prend toute sa place mais ne semble pas statique : représenté de taille décroissante en trois endroits, il semble en mouvement.

ROADSWORTH

Fresque

En 2018, plusieurs artistes venus du monde entier mettent de la couleur dans le quartier Atlantis en pleine construction. C’est d’abord l’artiste québécois Roadsworth, sollicité via Quai 36 par le Groupe Colas et Parisudam, qui peint une longue fresque au sol rue Bougainville, à deux pas de l’école Rosa Parks qui allait ouvrir peu après. Cette peinture qui associe des formes en couleurs primaires attire toujours l’attention bien qu’elle soit un peu délavée. 

Roadsworth est le nom d’artiste de Peter Gibson. Il fut d’abord graffitiste puis s’est lancé dans la peinture au sol – d’où son pseudonyme – dans les rues de Montréal en 2001. Il est motivé par un désir de remise en question de la « culture de l’automobile » : il crée lui-même des pistes cyclables à l’aide de vélos peints au pochoir sur l’asphalte. Depuis, il a acquis une notoriété internationale. Il produit toujours des fresques au sol, mais aussi des murales et des installations. Son art doit « créer un élément de surprise dans l’espace public. » Il reste un activiste qui collabore avec des organisations telles que Greenpeace et Amnesty International.

Sa peinture massicoise utilise la technique avec grands pochoirs et canettes de peinture renversées, avec une conception très élaborée du dessin, et témoigne de l’aspect ludique et engagé de son inspiration : « L’œuvre que j’ai réalisée à Massy est constituée de lettres et de chiffres superposés les uns sur les autres, et dont les proportions font qu’on ne perçoit pas nécessairement ce qu’ils représentent. L’œuvre reste abstraite. L’idée, c’est que les élèves et les habitants découvrent le sens de l’œuvre au fur et à mesure de leurs passages… C’est un ensemble de lettres et de chiffres disparates, c’est donc au passant d’interpréter le sens qu’il ou elle voit. »

FRESQUES DE LA POTERNE

Fresque

Les bâtiments publics du secteur de la Poterne ont des façades décorées de diverses manières. Nous avons déjà vu les curieuses décorations de l’école maternelle. Le côté de la maison de quartier, l’Espace Bièvre-Poterne, donnant sur l’allée en direction de l’école a été peint au début de l’été 2018 par cinq jeunes dans le cadre d’un chantier d’insertion. On lisait près de l’entrée : « Ces murs ont été rénovés avec l’aide de : Bram’s, Lemsi, Gadu5romu Kalilou, Mr Hamzy ». Ils étaient encadrés par Pest. Les éléments techniques de la paroi étaient intégrés dans le dessin final. La fresque illustrait le titre Universel par la représentation de feuillages, d’animaux – une baleine bleue et un ara bleu – d’un amérindien et de la Terre et la Lune dans un ciel étoilé. 

Cette peinture a été recouverte à l’été 2023 par une nouvelle fresque collective représentant deux enfants au bord d’un lac. Les tons bleus dominent toujours..

Le revêtement de la salle d’escalade restitue l’aspect d’une paroi rocheuse parfois couverte de lichens. L’entrée du gymnase voisin est surmontée d’une fresque décorative qui porte deux signatures. Les auteurs d’origine en sont les graffeurs Keon et Bryke. Sont représentées de façon plus ou moins réaliste diverses disciplines sportives : gymnastique rythmique et sportive, tennis, basket.

Quant à la grande façade aveugle du côté de l’avenue Allende, elle est agrémentée d’une fresque en l’honneur des diverses formes et difficultés de l’escalade dans la nature. Cette fresque en partie couverte de graffitis parasites est signée Action Graffique.

LA NATURE ET DES HOMMES

Fresque

OJI

La fresque la plus monumentale de Massy a été peinte 5 avenue de Bourgogne en septembre 2021, en moins d’une semaine, par un artiste de réputation internationale, Oji.

Né à Montreuil, Jonas Biancolli est peintre en bâtiment. En 2014, à l’âge de 25 ans, il découvre le dessin pendant une longue convalescence et bientôt la bombe aérosol et la rue comme terrain d’expression artistique. Il y apprend le travail des couleurs et de la matière. Rapidement, il signe ses œuvres Oji. Ce nom contient des lettres de son nom et prénom et il possède phonétiquement une signification dans plusieurs langues : « original » en anglais argotique, « aujourd’hui » en italien, « le prince » en japonais.

Oji peint d’abord des portraits sur les murs des friches. Dès 2016, il s’essaie à la peinture sur toile, mais il poursuit le muralisme grand format, spontané ou dans le cadre de projets sociaux ou de collaborations artistiques. Il est désormais réputé pour ses grandes fresques à New-York, au Mexique, au Guatemala, en Italie comme à Paris. Ses tableaux font l’objet d’expositions.

Il continue cependant de se perfectionner en organisant avec ses amis un atelier au premier étage du Traquenard, un bistrot de Montreuil. Sa technique a évolué mais aussi ses sujets d’inspiration. Il est touché par « le silence des toiles d’Edward Hopper. C’est comme si le temps s’arrêtait, on se focalise sur les personnages et les formes géométriques. » Il travaille parfois avec des photographes. La nature, représentée par les oiseaux et la végétation, tient une place importante. Un autre thème qui fascine Oji est la main. Quel que soit le sujet, il se veut « peintre-poète ». Dans la rubrique « A propos » de son site est écrit : « Influencé par la peinture américaine et le design graphique, il développe peu à peu son propre style, en l’enrichissant continuellement par l’apprentissage du dessin et la maîtrise des couleurs. Cela en essayant de n’oublier jamais la poésie, au service de messages humanistes. »

La fresque de Massy est une énorme murale de 40 m de haut peinte à l’aide d’une nacelle. On y trouve les thèmes chers à Oji qui commente ainsi son œuvre le jour de l’inauguration : « C’est un adulte et un enfant. Tous les deux tiennent un oiseau. L’enfant est à l’avant de la scène, c’est l’enfant qui guide l’adulte. (…) C’est pour dire : faisons confiance à la jeune génération. » 

Le projet a été porté par l’APES et Erigère. Cette société est la filiale francilienne d’Action Logement, acteur du logement social et intermédiaire en France. L’association APES se déclare « actrice de la transition économique, écologique et solidaire. ». Le projet d’Oji a été choisi entre deux propositions par les locataires du bâtiment.

En 2024, Oji peint une fresque de la même inspiration au pied du pignon d’un immeuble voisin, 1 rue d’Alger, la fresque de Pest qui se trouvait initialement à cet endroit ayant été vandalisée. Fin février 2026, la petite fresque d’Oji est effacée suite à des travaux sur l’immeuble.

LE MUR DES POÈTES

Fresque

Monique Bourdeau-Gouzène

Rue de Londres se tenait jusqu’en 2000 la tour de l’AFI : l’Association des Foyers Internationaux y accueillait des étudiants et chômeurs étrangers, dont de nombreux africains.

Sur le bâtiment technique face à cette tour, une fresque peinte en 1986 illumine le mur. Depuis, la tour a été remplacée par un immeuble de 105 logements, mais la fresque d’une superficie totale de 85 m², de 17 m de longueur et de 5 m de hauteur demeure, malheureusement moins visible car désormais derrière des grilles.

Cette peinture murale a été réalisée par Monique Bourdeau-Gouzène avec l’aide de Jean, son fils. Elle illustre l’idée « Si la poésie meurt, l’univers aura froid » mais est appelée couramment Le mur des Poètes. L’artiste explique sa démarche : « Massy en 1986. Déjà un creuset où se fondaient les cultures et les manières de vivre, les adolescents en révolte et les retraités, les anciens du vieux village et les immigrés récents. Avant les « printemps des poètes » de la fin du siècle, j’ai voulu laisser trace d’une réelle activité poétique dans la ville. Ce fut la peinture de cette très grande fresque […]. Les visages en portraits sont ceux d’une jeunesse qui s’y reconnaît. Les textes enluminés sont des poèmes chantés par cette même jeunesse. Tout cela a passé, les mots se sont envolés. La peinture est restée. La Murale n’est pas seulement marque, témoin. Elle est aussi élément de la ville. Ce qui est écrit est lu, ce qui est dessiné en symboles est compris et incorporé à l’inconscient social. »

Monique Bourdeau-Gouzène est née en 1936 à Beyrouth. Elle a voyagé autour du monde avec sa famille. Dans les années 1980, elle s’installe en France à Verrières-le-Buisson. Elle devient membre de l’association des artistes de Verrières et elle milite dans deux associations massicoises : Au Plaisir de Lire avec Annie Bozelec et Jeunes pour le Monde avec Lucienne Serrat. Ces associations ont porté le projet du Mur des Poètes et leurs membres servent de modèles pour les portraits.

Monique Bourdeau-Gouzène aime les couleurs vives et les jeux de lumière. Ses portraits se diluent dans l’espace. Ses abstractions correspondent à une recherche spirituelle : « L’Art ouvre l’accès à la vie spirituelle ». Elle a créé de nombreux tableaux peints à l’huile sur toile, mais elle est plus connue pour ses grandes peintures murales ou sur plafonds comme Les Raisins Clairs sur les murs d’une bibliothèque en Guadeloupe, le Vert Buisson peint sur le plafond de l’ancienne mairie de Verrières ou la murale L’eau à Athènes.

Sur un site de voyage, thetrainline.com, qui décrit Massy en une quinzaine de lignes, il est indiqué
« À la jonction des deux univers [le village et la ville moderne], le Mur des Poètes, fresque murale réalisée en 1986 par Monique Bourdeau-Gouzène, célèbre la jeunesse. »

GRAFFAUNE PIGEONS

Fresque

Daco

Le long de la partie de l’avenue Carnot qui se trouve un peu après le rond-point Nelson Mandela jusqu’à l’angle de la rue du Chemin des femmes s’étend une longue fresque sur palissade de 70m x 2m intitulée Graffaune pigeons. Cette peinture a été réalisée en juillet 2023 au cours d’un atelier participatif effectué avec le centre de loisirs de l’école Léonard de Vinci. Ce projet a pu se concrétiser avec l’aide de Paris Sud Aménagement et l’encadrement du street artist DACO.

DACO, pseudonyme de Damien Collignon, est un artiste français originaire de la banlieue sud de Paris – il est né en 1980 à Palaiseau. Initialement formé dans des écoles de dessin, il a trouvé sa voie dans l’expression artistique du graffiti. Il a exploré divers styles dans ce domaine, débutant par du lettrage classique avant de se tourner vers le wildstyle pour sa complexité esthétique. Sensibilisé par le constructivisme russe pendant ses études aux Beaux-Arts il s’oriente très vite vers un style déstructuré, éclaté afin de se créer une identité visuelle, un style caractérisé par des compositions graphiques et géométriques, dynamiques et colorées. Ses terrains de prédilection sont les friches et les gros murs. 

Ces dernières années, il a participé à de nombreux projets : fresques murales, réhabilitations d’Écoquartiers, réalisation de vitrines de restaurants, de boutiques, peintures pour des particuliers et des entreprises et au sein d’écoles, de médiathèques, peintures à vocations sociales dans des hôpitaux et des maisons spécialisées…

L’univers artistique de DACO est marqué par des couleurs et des formes qui transcendent le réel. À travers ses créations, il cherche à capturer le dynamisme des animaux, les représentant en mouvement. Ses œuvres se distinguent par un mélange de couleurs et une esthétique géométrique qui créent une atmosphère urbaine singulière où le graffiti et la faune – d’où le terme « graffaune » contraction de graffiti et de faune – se fondent dans un équilibre graphique. Il recherche le côté dynamique de la bête en plein mouvement, qui s’exprime, qui sort de la toile. 

C’est ce que l’on retrouve sur la fresque de l’avenue Carnot qui représente, sur un fond bleu, quatre pigeons en vol au milieu de formes géométriques triangulaires de couleurs vives – blanc, rouge, jaune, noir… Les pigeons sont eux-mêmes très colorés, leurs ailes déployées sont d’un jaune vif strié de fils blancs, noirs et rouges. Leurs becs sont eux aussi jaune vif et leurs têtes gris clair. Le corps des pigeons se compose de stries moins flamboyantes que les ailes mais toujours de couleurs diverses, noires, bleues, blanches, brun clair. Leurs pattes sont noires. Les mêmes couleurs ont été utilisées pour le corps des pigeons et pour les motifs géométriques. Les oiseaux occupent le centre de la fresque et toute la hauteur de celle-ci et sont opposés deux par deux.

« Ma recherche, c’est l’évolution de l’animal dans la ville. Il faut tout envahir, la rue, les toiles… »

Espace Lino Ventura

Fresque

Bertrand Godard

Une grande fresque couvre toute la façade arrière du bâtiment de deux étages qui abrite l’Espace Lino Ventura, à la fois maison de quartier et centre social. Elle représente un paysage de montagnes boisées encadrant des cascades en série ; des ruines évoquent d’anciens temples ; la végétation et la faune exotiques font penser à l’Amérique latine. Elle a été peinte en 2009 par un jeune artiste, Bertrand Godard, qui la signe d’un énigmatique « XπJ ».

Cette fresque a été commandée par la Ville suite à une protestation des habitants du Square du Clos de Villaine. Pour comprendre, il faut revenir à quelques années plus tôt. En octobre 2002, un groupe de jeunes du Square agressent une militante associative du quartier. Ce qui révèle au grand jour les difficultés du Square, problèmes sociaux et trafics illicites. Une réflexion est engagée qui conduit au réaménagement du quartier. Les jeunes réclamant « une aire de jeu et une maison de quartier » , c’est le bâtiment qui sera le premier construit. Mais, conçu dans l’urgence alors que la Ville ne possède que peu de terrain sur place, la nouvelle structure se trouve trop proche du n°4 du Square du Clos de Villaine. Pour améliorer autant que possible la vue des voisins sur le mur aveugle qui bouche leur horizon, il est prévu un « paysage végétal et lumineux ».

Né en 1975, Bertrand Godard a été élève du peintre Vladimir Vélickovic à L’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Sa première grande série artistique commence en 1995. En 2001, il crée à Paris l’Atelier TramarT. Selon la présentation de l’atelier, « le matériel du sérigraphe côtoie les pinceaux du peintre. […] Alors que les alchimistes cherchent à transformer en or la « materia prima¨, ici point de formule magique ni d’espoir de richesses mais la récupération d’objets divers et leur intégration sur toile ou en volume suite à une observation et une réflexion aussi bien analytiques que synthétiques. Le nom même de l’atelier montre qu’il faut bien regarder les choses par les deux bouts de la lorgnette et que, s’il ne sied pas de parler de réincarnation pour les objets, il est néanmoins possible de les revisiter perpétuellement. »

FRESQUES EN CÉRAMIQUE

Fresque

Haguiko et Jean-Pierre Viot

En centre-ville, le parvis du commissariat de police de Massy est orné sur chacun des deux murs latéraux d’une œuvre de haute dimension par un couple d’artistes céramistes, Haguiko et Jean-Pierre Viot. Signées en 1987, ces céramiques furent sans doute financées par le « 1% artistique ». Des carreaux de faïence carrés, identiques, de teinte jaune ocré, couvrent les deux murs. Les éléments en grès émaillé de tailles et formes diverses, en relief, sont reliés par des espaces colorés de verts différents, unis ou striés, et de violet. L’une des céramiques évoque la forme d’un arbre au tronc tourmenté ; l’autre, moins imposante, est plus abstraite.

Né le 30 avril 1936, Jean-Pierre Viot, diplômé de l’école des Beaux-Arts de Rouen, s’initie à la réalisation d’œuvres en grès et terres enfumées lors d’un stage à l’atelier de la faïencerie de Giens. Il créée ainsi fontaines, sculptures, murs et autres pièces en porcelaine. De 1963 à 1983, il vit à Ruffec-le-Château puis à Sucy en Brie et enfin en 1991 à Guermantes (Seine et Marne) dans la « maison atelier » conçue et bâtie avec son épouse. 

Membre fondateur du Centre d’Art Contemporain de Châteauroux, il organise avec la ville la Biennale de Céramique Contemporaine de 1979 à 2003.

Il en est Commissaire général en 1985. Il intègre de nombreux regroupements d’artistes tels la Société des Artistes Décorateurs ou l’Internationale du Nouvel Objet Visuel. A Paris, il participe aux Journées Nationales de la Céramique, et au Groupe d’Etude et de Recherche en Urbanisme. Il collabore aussi avec l’industrie de la porcelaine.

Née en 1948 au Japon, diplômée ingénieure en architecture de l’université de Fukuoka, Haguiko, influencée par Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, rejoint la France et intègre en 1972 l’Ecole des Beaux-Arts de Tours où elle s’initie à la terre modelée. Elle se forme dans l’atelier de Jean-Pierre Viot à la céramique contemporaine. Elle apprend la technique du raku, procédé d’émaillage traditionnel japonais, auprès de l’américain Paul Sodner. Elle obtient en 1977 le Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique. Elle effectue des réalisations monumentales, mais aussi des œuvres pour des particuliers, et des industries comme Téfal ou la porcelaine de Limoges. Elle reçoit le prix du ministère de la culture de Tunisie et le prix Liliane Bettencourt. En 2014, on lit dans les Editions Galeries Capazza : « L’à peu près n’a pas sa place dans le travail de Haguiko (…) On est confondu par l’évidence de son travail : nuages, rochers, boites (…) L’espace reste la composante principale de son travail. » 

Les deux artistes, tout en créant souvent ensemble, ont chacun gardé leurs propres créations et leur expression artistique. Membres de l’Académie Internationale de la Céramique, ils ont enseigné dans des écoles supérieures d’art (Marseille, Arras) et participé à de nombreuses expositions personnelles et collectives, nationales et internationales.

Festival SupréMassy

Fresque

SupréMassy

L’association Suprémassy est à l’origine des deux grandes fresques durables au sud du quartier Atlantis. L’association a été fondée en 2007 par deux jeunes hommes de Massy Opéra, Tristan Vitton et Gilles-Jean Raballand. Agréée Jeunesse et Éducation Populaire, elle met en place des cours, des événements et des projets autour du Hip-Hop, et intervient dans divers établissements d’Île-de-France.

Gilles-Jean est un peintre et graffeur reconnu en région parisienne grâce notamment à ses peintures murales à Paris 12e dès 1996, Colombes en 1999 et surtout dans le nord de l’Essonne. Ses graffs sont signés Bab2 (prononcer Bab two). Bab 2 est donc tout naturellement en charge de la section « graffitis et arts » de Suprémassy.

En 2007, cette association organise le premier Festival Hip-Hop et, à cette occasion, un graff collectif au bout de la rue Galvani sous la voie rapide (avenue du maréchal Koenig). La fresque s’inspire du film de Genet, la Cité des Enfants perdus. La lune éclaire une mer d’où émerge un vaisseau rétro-futuriste. Ont participé à l’œuvre Bab2 et TSF « crew » (groupe ou équipage selon les traductions) avec Milouz, Baka2, Papy et Croute, ainsi que douze jeunes dont les prénoms figurent en bas à droite. Le projet est soutenu par la ville de Massy et le Centre Paul Baillart. Vingt ans plus tard, la fresque résiste bien malgré des graffiti parasites.

L’année suivante, dans le cadre du festival des arts urbains organisé par Artel91, Bab2 aidé d’un autre artiste, Pest, réalise une grande fresque murale de plus de 3 m de hauteur allée du Béarn, derrière la pharmacie et le buraliste. Son titre : Bio-diversité. En cinq jours, les artistes ont représenté treize espèces menacées. Depuis, cette fresque a disparu en même temps que le centre commercial.

En 2010, à nouveau à l’occasion du Festival Hip-Hop de Suprémassy, Bab2 organise la peinture d’une très longue fresque rue Ampère sur le mur de soutènement de la voie rapide. Elle est réalisée par les cinq graffeurs du groupe DMV – Da Mental Vaporz – créé en 1999. Les artistes juxtaposent plusieurs scènes sur le mur recouvert de peinture rouge-bordeaux. Le travail prend une semaine. Pour la signature, chaque auteur a écrit deux lettres de Suprémassy avec son style propre. La fresque fera immédiatement la « une » du journal Graffiti Art. Le même journal lui consacrera à nouveau sa première page dix ans plus tard.

En 2014, Pierre Ollier et la Ville souhaitent renforcer la présence des arts visuels dans les rues de Massy. Un partenariat entre Suprémassy et le lycée professionnel Gustave Eiffel est mis en place et aboutit à la construction, par les lycéens, d’un mur en quinconce de 18 m de long sur 1,90 m de haut, évoquant des mains qui se croisent. Pour l’inauguration, six dessins ont été retenus, dont ceux de Bab2 et Pest. Les élèves de seconde ont été initiés au graff par Suprémassy. Le mur est ensuite mis à la disposition de tout artiste en herbe. 

Artiste local, Bab 2 a répondu à d’autres demandes de la mairie. Ainsi, en 2013, il a décoré de silhouettes bleues en pleine action les murs de la salle de handball du COS. Plus récemment, la commande concernait un mur le long du bassin des Goachères à l’occasion du lancement de l’opération Ô berges d’été. Cette fresque de 2019 reprend le style de l’ancienne Bio-diversité avec des animaux liés au bassin : grenouille, martin-pêcheur, héron, renard. 

Bab 2 fait donc preuve d’une grande diversité d’inspiration et de formes : lettrages colorés, dessins animaliers, scènes de sport mais aussi vieilles cartes postales, contes poétiques, et même trompe-l’œil.