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LE CHAMP DE LA VILLE

Monique Bourdeau-Gouzène

Sous le pont du TGV, rue d’Estienne d’Orves, l’un des deux murs bordant la route est tapissé d’une fresque de 225 m², constituée de sept tableaux qui sont des rectangles d’or, dont le rapport de la longueur à la largeur est le nombre d’or 1,618. Elle a en effet été réalisée selon la suite de Fibonacci, dans laquelle les deux premiers termes sont égaux à 1, et les termes suivants sont égaux à la somme des deux termes qui les précèdent (1, 1, 2, 3, 5, 8…). Les quotients de deux termes consécutifs de cette suite approchent le nombre d’or. « C’est cette suite qui instaure le rythme des éléments de la fresque par progression et régression dans les dimensions des sujets et dans les fréquences des couleurs. Le rythme est donné par le trait : montant-descendant-long-court-fort-faible et par la répétition. Chaque élément a les proportions du nombre d’or et comporte un rectangle d’or et deux carrés parfaits. »

Elle est l’œuvre de Monique Bourdeau-Gouzène, conceptrice et réalisatrice, dont le parti pris est d’ouvrir les espaces, manipuler la combinatoire des formes et des motifs pour approcher la virtuosité observée dans la nature. Elle a fait participer, pour son élaboration, des jeunes de 13 à 18 ans au cours d’ateliers qui se sont tenus en juillet 1993 à l’école Camus, avenue de la République. Cette murale leur a apporté des notions sur une réalisation à partir de la pensée créative. La fresque a été inaugurée le 16 juin 1995. Cet ouvrage d’art a reçu le label 1 000 défis pour ma planète du ministère de l’environnement.

L’artiste explique pourquoi elle a choisi de réaliser cette fresque sous le pont du TGV : « De tous les temps, les grottes ont été des lieux de prédilection pour exprimer des Paraboles. La caverne, archétype de la matrice maternelle, figure dans les mythes d’origine, de renaissance, d’initiation. C’est un gigantesque réceptacle d’énergie (…) Elle abrite des trésors cachés. »

Cette œuvre évoque une partie de l’histoire de Massy avec ses habitants, ses champs de blé, ses moutons, ses vignes, ses grappes de raisin, son eau vive, la Bièvre. C’est dans le livre de Paul Bailliart, Histoire de Massy, que l’artiste a découvert Le Champ de la ville et s’en est inspirée : « À l’époque mérovingienne, écrit-il, la ville de Matius était sise sur un point élevé. Au-delà de son enceinte, il y avait ¨Le Champ de la Ville¨. Il s’étendait sur la plaine, aujourd’hui couverte de bâtiments, un peu au-delà de la route de Chartres, en venant de Paris sur la gauche. »

Encore quelques mots de l’artiste : « C’est l’aspect humain qui intéresse : contact, relation, environnement […] Le passé est régénéré. L’humain réfléchit sur le sens de la vie […] J’ai fait vivre deux environnements : celui de la culture, celui de la nature. L’Histoire de l’humain fait partie de la terre. Enfin cette peinture pourra apporter du rêve qui fécondera la réalité. »

Le premier tableau représente l’espace qui accueillait les fêtes des massicois et met en scène une troupe de danseurs farandolant la main dans la main comme autrefois. Ils traversent, en biais, le champ, d’une façon dynamique. Ce mouvement donne vie aux personnages. Juste derrière se trouvent deux lignes de fuite qui évoquent une voie de chemin de fer, comme celle du TGV située juste au-dessus.

Le deuxième tableau représente la vigne, qui tient une place importante dans la culture depuis l’antiquité. Les plants de vigne sont dessinés avec leurs racines afin de rappeler la recherche par les hommes de leurs racines et de leurs valeurs. Les plantations régulières de pieds de vigne sont évoquées par une succession de dessins, tous identiques en tenant compte de la perspective. Les fraises sont représentées en parallèle au-dessus des vignes. Les couleurs et leurs combinaisons s’enchaînent pour accrocher le regard.

Au deuxième plan du troisième tableau, ce sont les semailles qui sont suggérées. Massy est un village agricole jusqu’au début du XXe siècle ; les habitants y vivaient selon les traditions paysannes ; ils produisaient en particulier du blé.

Dans le quatrième tableau, avec les silhouettes d’enfants, les formes humaines sont épurées. Les lignes privilégient les courbes et les contre-courbes. Pour le spectateur, la simplicité des figures fait parfois oublier la conduite intellectuelle sous-jacente.

Le cinquième tableau évoque la Bièvre d’antan alors qu’elle est déjà totalement souterraine à l’époque du dessin.

Une abondance d’espaces jardinés ou cultivés raconte dans le sixième tableau le paysage de banlieue avant le développement de la ville. Une fois les parcelles dessinées, l’artiste a fait entrer la lumière avec les couleurs.

Enfin dans le septième tableau, le soleil prend toute sa place mais ne semble pas statique : représenté de taille décroissante en trois endroits, il semble en mouvement.