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OISEAU SOLAIRE

Alicia Moï-Orlan

Place Mogador se dresse une sculpture énigmatique de grande taille sans indication d’origine datant de la construction des immeubles qui l’entourent. C’est seulement en juin 2022 que l’autrice de cette œuvre a pu être identifiée : la mairie de Massy venait de recevoir un courrier de Christophe-Emmanuel Del Debbio, en charge de la préservation et de la transmission de l’œuvre de la sculptrice Alicia Moï-Orban, décédée le 17 mai, quelques mois avant son centième anniversaire ; il s’enquerrait de ce qu’il était advenu d’une de ses œuvres, l’Oiseau Solaire.

Après avoir débuté le modelage à Paris à l’Académie de la Grande Chaumière à l’âge de vingt ans, Alicia Moï-Orlan, née le 29 juillet 1922, au parcours atypique, s’était éloignée de la sculpture pour intégrer le cours Simon. Elle jouera au théâtre dans la pièce de Tennessee William Un tramway nommé désir un an avant la sortie du film d’Elia Kazan (1951). Elle reprend la sculpture en 1957 dans l’atelier d’André Del Debbio (1908-2010), impasse Ronsin, une cité d’artistes du XVe arrondissement, aujourd’hui disparue.

Christophe-Emmanuel Del Debbio est le fils de ce sculpteur dont Alicia fut l’élève. Il a confirmé que la sculpture Oiseau Solaire faisait partie d’une série d’œuvres commandées à Alicia Moï par la SCIC, la Société Centrale Immobilière de la Caisse des Dépôts, et précisé que, « dans le CV d’Alicia, cette œuvre semble être la première commande, reçue et exécutée en 1964. Elle a d’abord été faite en modelage, puis en plâtre, en petit format (environ 20 cm). Puis Alicia l’a taillée dans un bloc de pierre, sans doute sur le chantier d’Aubervilliers où elle travaillait en plein air. Le titre de l’œuvre est « Oiseau Solaire », (avec un S majuscule). Elle faisait partie d’une série de sculptures « solaires » monumentales, parfois en bronze, souvent taillées dans la pierre par Alicia elle-même. On trouve ainsi, entre autres, le Soleil d’Apocalypse installé à Rosny-sous-Bois la même année, l’Ange de l’Apocalypse installé à Gagny en 1967, la Tour Solaire installée à Sarcelles en 1967 ou la Précarité Solaire installée à Yerres en 1968. »

En faisant le tour de la sculpture, on peut deviner le corps d’un oiseau surmonté d’une aile géante dressée vers le ciel. Mais c’est sans doute une vision restrictive de cette œuvre insolite.

Si l’élément d’Alicia Moï était la pierre qu’elle travaillait en taille directe, à la massette ou au marteau-piqueur, elle a aussi créé du mobilier ou des pièces relevant des arts de la table aux formes très variées, et, à côté des sculptures monumentales, des bagues non montées entièrement en pierre.

En 2021, on a pu admirer quelques-unes de ses œuvres au musée Tinguely de Bâle dans le cadre d’une exposition consacrée à la cité d’artistes de l’impasse Ronsin.