GRAFF SUR RIDEAU CAMARA
Pierre Marcuzzi
A notre connaissance, la première fresque sur rideaux métalliques de boutiques à Massy a été peinte en 2016 sur celui d’un magasin du Centre commercial de la Place de France consacré à la photo.
Romain Provasi avait ouvert en 1964 Studio Images, l’un des 70 magasins du Super-Centre-Paris-Sud. En 1974, son fils Philippe, titulaire d’un CAP de photographie, diplômé de l’école de commerce de Colmar, le rejoint. En 1981, père et fils s’installent dans un magasin plus grand qui a traversé les mutations technologiques de la production d’images et résisté jusqu’en 2024, quand Philippe, dernier des premiers commerçants, a pris sa retraite.
Les conditions de sa réalisation ne sont pas banales. Philippe raconte qu’un lundi de mai 2016 – c’est jour de fermeture – son fils lui annonce par téléphone une surprise pour le mardi. Il lui téléphone le mardi matin dès l’ouverture. Philippe, qui arrive à la boutique par le garage au sous-sol, n’a encore rien vu et découvre la fresque sur le rideau de la façade du magasin : au centre, son portrait de face en plan américain, sur fond de matériel professionnel ; il présente un appareil photo ; à gauche, en gros caractères, en diagonale sur trois lignes : Le Temple / de la / Photo. Les deux rideaux des vitrines latérales seront peints plus tard : un portrait de Philippe et son vendeur Jean-Loup, du matériel photo.
L’auteur en est Pierre Marcuzzi, alias Shadow, né en 1981, originaire de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Titulaire d’un BTS en communication et webdesign, il est aussi illustrateur et infographiste. On peut suivre les réalisations de cet artiste de renom sur internet à travers articles de presse régionale et sites de street art. Elles relèvent de l’art figuratif plus que du graff et du tag, qu’il a pratiqués au départ, et répondent à des commandes publiques ou privées.
« À un moment, explique-t-il en 2009 alors qu’il vient de créer la société Shadow Studio à Agde, j’ai dû choisir. Soit je restais un artiste de rue qui galère pour boucler ses fins de mois, soit je surfais sur le phénomène de mode et je me retrouvais à exposer dans des galeries, soit je vivais de mon art. […] Je préfère vivre de mon travail plutôt que d’être dans une galerie. »
Parmi ses œuvres, en 2009, une fresque de 1 000 m2 sur le bateau musée La Thalassa à Lorient avec pour mission de représenter la variété de la biodiversité marine. En 2014 sur la façade du, une fresque de 200 m2. En 2016, dans le cadre du 1er festival d’art urbain de la ville de Boulogne-sur-Mer une magnifique fresque sur pignon avec au premier plan une Boulonnaise en coiffe, au second plan un trois mats argentin venu à Boulogne, en arrière-plan le port de Boulogne-sur-Mer. En 2025, à Villeneuve-lès-Béziers, avec Mathieu Calmel, des fresques de la mémoire à l’occasion de la commémoration du 8 mai 1945 et, aux Clayes-sous-Bois, une Marianne au mur d’une nouvelle salle de Cap’ados réservée aux 14-17 ans.