TAKING A CHANCE

Sculpture

Tolla Inbar

Cette sculpture de bronze de 110 x 110 x 470 cm a été créée par l’artiste israélienne Tolla Inbar en 2002.

Elle était exposée à Paris dans la galerie Got quand la mairie de Massy a décidé son acquisition en 2007. Le Centre Omnisports venait d’être rénové et la Ville souhaitait agrémenter le parvis nouvellement aménagé. Elle est alors installée devant le COS auprès d’une petite fontaine. Dégradée, elle est envoyée en réparation puis réinstallée, en septembre 2021, devant la nouvelle halle des Graviers où elle se trouve mieux mise en valeur.

Cette sculpture, impressionnante par sa hauteur et ses formes élancées, pourrait à elle seule résumer la conception de l’art de la sculptrice et son inspiration philosophique. Le mouvement est suggéré entre tension et équilibre. Ses sculptures, au sens propre et figuré, semblent suspendues dans une sorte de réalité aérienne. Pour cela, elle utilise souvent la métaphore de l’ascension à partir de divers accessoires, grâce auxquels ses personnages, comme ceux de Massy avec une corde, réalisent leurs aspirations. D’autres fois, ils gravissent des escaliers ou des échelles. Selon l’artiste qui pose les questions universelles concernant les raisons de vivre et la complexité de l’univers, nous avons tous un chemin individuel que nous devons parcourir pour atteindre notre objectif spirituel. 

Tolla Inbar, née en 1958 en Allemagne, fréquente l’école de Merz Stuttgart aux méthodes d’enseignement originales. Sa famille émigre en Israël en 1971. Entre 1977 et 1984, elle étudie au Bustan Institute et à l’Institut des Arts Avni ; elle y travaille la pierre et le bois avec des sculpteurs russes connus. Elle obtient parallèlement à l’Université de Tel Aviv un Bachelor of Arts en psychologie et en sociologie, études qui auront une grande influence sur son expression créative. Elle s’intéresse ensuite à l’art moderne, de nouveau à l’Université de Tel Aviv.

Ses œuvres, sculptures en bronze fondu, ont évolué de formes réalistes et figuratives vers des formes plus expressives et semi-abstraites. Depuis 1995, la sculptrice s’oriente vers un style plus naturaliste, utilisant bois, métal, verre ou bronze, et crée ainsi des statuettes mais aussi des sculptures hautes et élancées comme celle de Massy.

Tolla Inbar a reçu de nombreux prix et récompenses. Ses œuvres sont exposées dans de prestigieux musées tel le National Museum of Liberty à Philadelphie, ou dans de nombreuses collections d’art privées comme celle de Leonard Wien ou encore celle du couple présidentiel Bill et Hillary Clinton.

STATUE DE TOUSSAINT LOUVERTURE

Sculpture

Alex Garcia

La statue de 2,63 m de haut, autre œuvre d’Alex Garcia, dévoilée le 10 septembre 1989 lors de l’inauguration de la place Schœlcher, est la première statue en pied érigée dans l’hexagone en l’honneur d’un homme noir.

La mairie de Massy souhaitait fêter le bicentenaire de la Révolution et donner un nom à cette nouvelle place. Un groupe de réflexion autour du maire, Claude Germon, et de José Pentoscrope, président du CIFORDOM (Centre d’Information, Formation, Recherche et Développement pour les Originaires d’Outre-Mer), proposa le nom de Victor Schœlcher et la pose d’une statue de Toussaint Louverture. Ce choix symbolique fit l’unanimité. Alex Garcia, déjà connu de la Ville, fut contacté.

Toussaint Louverture est représenté en chef d’État avec une tenue militaire d’apparat – redingote portant épaulettes et quatre galons de général, énorme sabre, haut-de-forme décoré d’un rameau – et au bras gauche, un manuscrit, sans doute la Constitution de Saint-Domingue de 1801.

Au pied de la statue, une citation de Victor Schœlcher : « Mon cœur sera toujours avec vous pour soutenir la cause noire qui a produit le grand Toussaint Louverture. »

Dominique Toussaint de Bréda, dit Louverture, est né en 1743 à Saint Domingue, ancien nom d’Haïti, alors la plus riche des colonies françaises, d’une famille d’esclaves originaire d’Afrique. Affranchi à 33 ans, il devient lui aussi propriétaire, mais rallie en 1791 le mouvement insurrectionnel des esclaves. 

La Convention ayant décidé d’abolir l’esclavage, il choisit le camp de la France contre l’Angleterre et l’Espagne. Il sera promu général en chef des armées françaises. Il promulgue en 1801 une constitution qui proclame l’égalité des droits des noirs et l’autonomie du territoire, mais se nomme aussi gouverneur à vie. En 1802, contrarié dans son projet concernant les Caraïbes, et décidant de rétablir l’esclavage, Bonaparte envoie 17 000 soldats, conduits par le général Leclerc. Contesté sur place, Toussaint Louverture est vaincu. Arrêté, conduit à Brest, puis emprisonné au fort de Joux dans le Jura, il y meurt le 7 avril 1803. L’indépendance de l’île sera pourtant proclamée le 1er janvier 1804 : Haïti est né, première colonie devenue état indépendant.

 

Victor Schœlcher, né à Paris le 22 juillet 1804, autodidacte, journaliste et musicologue, a passé l’essentiel de sa vie à lutter contre l’esclavage. Député sous la Seconde République, il est l’initiateur du décret du 27 avril 1848 qui l’abolit en France et dans ses colonies. Fervent républicain, il a milité pour le suffrage universel, l’abolition de la peine de mort, les droits des femmes et des enfants. Décédé le 25 décembre 1893 à Chelles, il entre au Panthéon en 1949. Il publie en 1889 son dernier ouvrage Vie de Toussaint Louverture, livre qui sera distribué par la municipalité dans des boîtes aux lettres des Massicois du centre ville.

En 2008, le square attenant fut baptisé Aimé Césaire en l’honneur de l’écrivain et homme politique martiniquais chantre de la « négritude ».

TOUR D’ACIER

Sculpture

Cette tour de tuyaux est de la même inspiration que les deux structures dressées par Albert Féraud et Michel Guino : même taille, mêmes matériaux. Elle est sans doute plus ancienne puisque les cartes postales la montrent en signal à l’entrée du Hameau de Villaine après la construction des tours livrées en 1967-68. 

À ce jour, nous n’avons pas trouvé son auteur.

Depuis, la tour a été déplacée et réinstallée discrètement dans le parc derrière les installations sportives de la Poterne, à la limite de la caserne de la CRS 5.

PALES EN DRAPEAU

Sculpture

Michel Guino

En 1970, Michel Guino, ami d’Albert Féraud, installe une sculpture monumentale de 6 mètres de haut rue Victor Hugo, au pied de tours du Nouveau Villaine. Celle-ci a un titre : Pales en drapeau.

Né à Paris en 1926, Michel Guino a découvert l‘art dans l’atelier de son père qui fut co-auteur de sculptures d’Auguste Renoir. Il a étudié les Beaux-Arts avec César, Hiquily et Féraud. En 1951, sous l’influence de Julio Gonzales, il découvre la voie du métal : laiton, plomb deviennent ses matériaux de prédilection : « Le métal nous permet un nouvel espace, une conception plus cosmique de la forme et de la lumière qui reste la véritable matière à manier. »

Dans les années 1960, il rejoint le courant des « récupérateurs ». Non seulement les objets récupérés en usine ou chez des ferrailleurs deviennent ses principaux matériaux, mais ils sont aussi une source d’inspiration. Il crée d’abord des personnages filiformes à morphologie humaine puis s’oriente vers des compositions plus abstraites. L’artiste laisse percer son goût pour les formes héritées de l’usine, alliance de rigueur et de vigueur. En particulier, il utilise, comme ici, des hélices et des ailettes de réacteurs fixées sur un mât composé de plusieurs tuyaux, mais on peut aussi y voir d’immenses pétales de fleurs. À partir de 1964, il réalise régulièrement des œuvres monumentales comme la grande fresque métallique pour la Faculté des Arts de Nice, avec son ami Féraud ou seul comme à Agadir, Rabat, Paris ou Massy. 

Pales en drapeau est aussi représentative des réflexions artistiques de Michel Guino. En 1964, il s’interrogeait sur le nécessaire rapport entre sculpture et architecture et déclarait : « J’ai toujours eu envie de placer une sculpture dans un ensemble moderne non pas comme un simple objet d’ameublement mais comme un signe chargé près de l’homme. »

À partir de 1975, il se rapproche de la figuration, créant des sortes de robots, des sculptures-jeux, des tables, des bijoux. Il s’intéresse même aux circuits électroniques. Il est aussi dessinateur et graveur. Mais il reste avant tout un sculpteur : « allié de la lumière : je me mets devant des bouts de matière et de matériaux, je les questionne et les fais danser. »

Michel Guino a exposé dans de nombreux salons et biennales et obtenu des prix prestigieux : prix de la critique, prix André Susse, grand prix de la ville de Marseille. On trouve ses œuvres dans plusieurs musées français, mais aussi à Washington et en Israël. 

La dernière exposition à laquelle il a participé a eu lieu à la propriété Caillebotte, à Yerres, en 2009. 

Il est décédé en 2013 à Lancieux où il s’était installé.

MOTS PERDUS

Sculpture

Elvira Domenech, Rosa Puente, Catherine Lévêque, Jaimé Raddatz

Quatre artistes massicois, Elvira Domenech, peintre et plasticienne, Rosa Puente, sculptrice, Catherine Lévêque, sculptrice, et Jaimé Raddatz, peintre, coordonnés par Jean-Pierre Colin, architecte, ont créé des illustrations autour de mots et d’expressions du passé. L’idée de la recherche des mots perdus ou peu usités a été conçue en liaison avec les bibliothécaires de la médiathèque Jean Cocteau, dont Marie-Hélène Rotambourg était alors directrice, et le service culturel de la ville. Il s’agissait de trouver des mots anciens, oubliés de nos jours, donc perdus, en rapport avec les activités du quartier au centre-ville : commerces, école, marché, poste. Cette première recherche devait aboutir en septembre 2000 à un parcours dans les rues, balisé par des boules bleues lumineuses en hauteur devant les lieux concernés.

Quelques années plus tard, ces illustrations ont trouvé leur place définitive sur le parvis de la nouvelle place Robert Langlois. Les dessins, maquettes et matrices en terre ont été conçus et réalisés par les quatre artistes, qui ont suivi le travail de coulage et de patine des plaques. Douze plaques, illustrant chacune une expression et sa traduction moderne, ont été scellées sur le pavé de la place. La fonte en bronze a été effectuée par l’entreprise massicoise Girebronze, fermée en 2006, qui fournissait essentiellement le secteur de l’armement et secondairement des artistes. Une treizième plaque, qui aurait pu être un résumé explicatif, n’a été qu’envisagée.

L’inauguration a eu lieu le 11 décembre 2005. À cette occasion, avant le discours inaugural prononcé par le maire Vincent Delahaye, des comédiens de la troupe des Tréteaux Amateurs de Massy (TAM), avec des habitants « anonymes », artistes d’un jour, ont entamé une série d’improvisations invitant le public à découvrir le sens de ces mots et expressions du passé : spectacle toujours drôle, souvent rythmé, parfois dansé. 

Voici les mots perdus, suivis de leur traduction, que l’on peut découvrir en montant la place : un onguent miton mitaine (remède qui ne fait ni bien ni mal), courtaud de boutanche (commis de magasin), avoir mardi fusée (aller trop lentement), délier brunette (ôter le bouchon de la bouteille), faire trembler le lard au charnier (être gros mangeur), être au nid de la pie (être très fortuné), dire ses gaudées (dire ses prières), jouer à cligne-musette (jouer à cache-cache), le lait à broder (l’encre), balancer une lazagne (adresser une lettre), la portière du petit guichet (la sage-femme), avoir le bouquet sur l’oreille (maison à vendre).

MATERA

Sculpture

Eva Jospin

Artiste plasticienne née en 1975, ancienne élève de l’École des Beaux-Arts de Paris, Eva Jospin a été pensionnaire de la villa Médicis en 2016-17. Son matériau privilégié est le carton car il est « simple, facile et peu onéreux, se coupe, se plie et colle à toutes ses fantaisies. » Selon Emanuele Coccia, invité à présenter sa dernière exposition, ce matériau pauvre et monochrome fait « ressortir le détail et la puissance du dessin […] Ses sculptures semblent presque être l’équivalent sculptural des grisailles de Mantegna [peintre de la première Renaissance italienne] : alors que le but de Mantegna était de souligner l’émergence de l’ancien dans le contemporain, celui d’Eva Jospin est de souligner la fusion du naturel et de l’architectural. » Mais l’artiste utilise aussi d’autres matériaux et, dans ses dernières œuvres, se révèle une coloriste de talent.

De réputation nationale et même internationale, elle multiplie les installations et les expositions depuis 2013. Ainsi, elle a exposé au musée des impressionnismes de Giverny en intérieur et dans le jardin. Simultanément, elle était invitée pour la seconde fois au musée de la Chasse et de la Nature à Paris. En 2026, elle est invitée au Grand Palais pour Grottesco. Elle produit aussi des œuvres à la demande du groupe immobilier Emerige dans le cadre de la Charte 1 immeuble 1 œuvre. En 2017, elle a reçu le Prix 1 immeuble 1 œuvre pour la sculpture monumentale La Traversée dans la galerie Beaupassage (Paris 7e). L’année suivante, elle réalise une œuvre intitulée Voyage au centre de la Terre et Matera qui sera retenue en 2019 pour décorer la façade d’un bâtiment de la ZAC de Vilgénis.

Avec Matera, Eva Jospin rend hommage à cette ville d’Italie à l’architecture troglodyte. Réalisée en 2018, cette murale de carton, bois et papiers de couleur mesure 10 m de long sur 3,70 m de haut et 30 cm d’épaisseur. Présentée d’abord à la galerie Suzanne Tarasiève, l’œuvre a été exposée pour la saison d’hiver 2021-22 près de l’œuvre Galleria au musée de la Chasse et de la Nature, qui la commente en ces termes : « En abrasant la surface de multiples couches de carton disposées en quinconce, Eva Jospin sculpte une forme stratifiée qui rend hommage aux nombreuses carrières de la région […] L’artiste invoque également les éléments naturels qui incisent peu à peu la matière […]. À partir d’un lieu cher à son cœur, Eva Jospin crée ainsi une œuvre qui génère d’infinis réseaux d’images et de métaphores. » 

Ce tableau a été utilisé en creux, comme matrice, par mise en œuvre de techniques de moulage, pour animer le béton de la façade d’un bâtiment mixte habitation, crèche et commerces, situé entre la rue de Vilgénis et l’allée Fourquaud. Le béton est un autre matériau favori d’Eva Jospin. Ainsi l’œuvre fragile en carton est fossilisée et devient durable. Le rendu du moulage est très variable selon l’heure et la météorologie : quasi invisible par temps pluvieux, en relief et animé avec un soleil rasant.

LIGNES DE VIE

Sculpture

Luc Richard

Jusqu’en 2018 les indigents étaient inhumés dans un carré dédié au cimetière sud de Massy. Les sépultures, temporaires, étaient seulement signalées par une petite croix de bois qui, au fil des ans, disparaissait. Il ne subsistait plus alors aucune trace de leur passage. Sur la proposition de Nadine Brioit, conseillère municipale déléguée, la municipalité a décidé la création d’un monument qui permettrait de les honorer en gravant leurs noms pour toujours. Dix-huit artistes ont répondu à l’appel à projet et c’est celui de Luc Richard qui a été choisi.

Il propose un refuge, un abri pour ceux qui en ont manqué. En pensant aux chapelles funéraires réservées aux classes aisées qui jalonnent les allées des cimetières lui vient l’idée d’une structure en forme de chapelle, une manière de briser la hiérarchie qui subsiste jusque dans l’architecture mortuaire. Cette chapelle n’aura aucun caractère ni symbole religieux. Ce sera un espace laïque ouvert vers le monde capable de recevoir n’importe qui sans discrimination. Ce sera un « espace entre deux mondes ouvert vers l’extérieur ». 

La chapelle réalisée est bichromatique : l’inox poli miroir reflète la végétation du cimetière et renforce le sentiment d’immatérialité ; le bleu souligne l’architecture de l’édifice. La structure composée de carrés permet l’accrochage de 496 plaques de 6 cm sur 6 cm également en inox poli miroir. Les noms des défunts y sont gravés au fur et à mesure. Luc Richard a baptisé cette structure Lignes de vie.

Né à Paris en 1975, Luc Richard vit et travaille à Bordeaux. Étudiant aux Beaux-Arts d’Arras, il obtient un diplôme des Métiers d’Art, section volume. Puis il se perfectionne auprès d’un maître d’œuvre à Arcueil pour le moulage et la statuaire. Ensuite, il travaille dans différents ateliers de décor en tant que responsable technique, concepteur ou chef de projet. Parallèlement au décor, il développe sa carrière d’artiste et se consacre à la réalisation d’installations monumentales en extérieur en collaborant parfois avec des paysagistes. Il préfère l’interactivité avec le public au travail solitaire. Son œuvre se caractérise par la répétition des motifs dans une sorte de systématisme influencé par la musique minimaliste et répétitive. Ses matériaux de prédilection sont le bois, la résine, l’acier et parfois des objets de récupération qu’il travaille in situ.

Il crée des œuvres dans toute la France à l’occasion de ses diverses résidences. Par exemple à Royan Souffle, en 2022, une stèle à la mémoire des victimes des bombardements de 1945, à Corme-Écluse en Nouvelle Aquitaine Grain inspiré par la pluie, au bois de Kergré en Bretagne une bibliothèque entre deux arbres, au Pays basque pour la Fête de la Corniche 350 manchots en plâtre. Il a également été lauréat du concours international des Jardins de Chaumont-sur-Loire et des Jardins d’Allaritz en Espagne.

JOUR DE MARCHÉ

Sculpture

Alex Garcia

Deux séries d’œuvres en bronze, chacune sur une place pavée dans le centre de Massy, sont dues à un sculpteur de La Ferté Allais, Alex Garcia (1938-2020). 

La composition sculpturale Jour de Marché face à l’église Sainte Marie-Madeleine, place de la Tuilerie, a été inaugurée en décembre 1987. Elle se compose de quatre éléments familiers qui, dépourvus de socles, fixés à même le sol, se mêlent aux passants. Une femme de taille moyenne, vêtue d’une robe et coiffée de nattes tient avec son bras et sa main droite un pain épais plutôt long. Elle tient la main d’une fillette vêtue et coiffée comme elle. Non loin de ce duo, un chien de belle taille, alerte, porte un journal dans sa gueule. La dernière statue représente une seconde fillette qui tient une balle.

Selon Alex Garcia et cela peut s’appliquer réellement à son œuvre sur Massy : « La sculpture doit pénétrer la ville et les gens doivent s’attarder devant des personnages, des animaux, et toutes les petites choses qui sont le décor de la vie, de notre environnement. »

Alex Garcia est l’auteur de sculptures de toutes tailles, parfois monumentales, le plus souvent coulées à la fonderie Coubertin de Saint-Rémy-les-Chevreuse. On les trouve surtout devant des écoles, des bâtiments administratifs ou chez des particuliers. Il aimait à représenter les animaux, les humains, diverses sortes d’artisans. Il eut le projet dans les années 90 d’installer des statues de Gaulois depuis Paris jusqu’à Vintimille.

Sa création la plus connue, aujourd’hui disparue suite à un vol, dite La Semeuse ou La Francilienne en bordure de l’autoroute A6 près d’Évry, montrait une femme qui marche avec un chapeau sur la tête et des sacs à la main. Certains critiques de l’époque y avaient vu le symbole de la femme active et consommatrice !

Notre région est riche par ailleurs de plusieurs de ses œuvres ainsi Don Quichotte à Villebon, Le Colporteur à Montlhéry, un des Gaulois au Kremlin-Bicêtre, La Bicyclette à Epinay-sous-Sénart.

LES EXTRA-TERRESTRES

Sculpture

Pierre Székely

Devant le collège Diderot est installé, depuis 1973, un ensemble décoratif monumental de 10 m de circonférence. Il est composé de plusieurs modules de différentes formes et hauteurs, construits en mosaïque de pavés de briques de diverses nuances, du jaune rosé jusqu’à l’ocre brun. Il est l’œuvre de Pierre Székely qui l’a intitulé Les Extra-Terrestres.

Né en 1923 à Budapest, il dessine très jeune et étudie dans l’atelier de Hanna Dallos, dessinatrice, graphiste et graveuse sur bois. En 1945, Hanna décède dans un camp. Déporté dans un camp de travail, il s’initie à la taille de la pierre avant de s’enfuir. Il vient en France après-guerre. Dès 1957, nombre de communes de l’Essonne actuelle se dotent de ses œuvres dont des « sculptures jeux » comme Le Chameau pour un groupe scolaire de Palaiseau. Il réalise des œuvres aux quatre coins de la France, notamment en Normandie. Il entame une carrière internationale : il réalise en 1968 Soleil Bipède pour les Jeux Olympiques de Mexico.

À Massy, l’œuvre lui est demandée dans le cadre du « 1% artistique. » Il construit à nouveau une sculpture jeu, mais cette fois de grand format. Il n’utilise ni le béton blanc comme dans les précédentes, ni sa matière préférée, le granit, mais il reprend sa pratique de la terre cuite. On retrouve les lignes courbes légèrement tourmentées qui marquent ses œuvres. Il traite un thème, les astres et leurs possibles habitants, qu’il a déjà abordé dans des sculptures comme Energie solaire en Hongrie, Contact à Berlin, ou encore Univers œuf à Pondichéry ou dans des dessins comme la Cité aérienne. Ici, on peut imaginer voir des soucoupes volantes ou un habitat pour visiteurs extra-terrestres. Mais, comme le déclare le sculpteur, ses œuvres ne sont ni abstraites ni figuratives, mais « expressives » ; « ce sont des œuvres contemporaines, donc intemporelles. Le seul but de mes œuvres est de procurer autant de plaisir que j’ai eu en les créant. »

En 1975, de nouveau dans notre voisinage, Pierre Székely façonne la première sculpture d’escalade, La Dame du Lac, dans le parc d’Évry : 30 m de circonférence, 17 m de haut, en béton coloré dans sa masse. Artiste multidisciplinaire, il poursuit sa carrière artistique en France, en Europe et au Japon où deux musées lui sont consacrés. Il fonde l’Institut Européen de technologie du granit et ouvre un atelier collectif d’estampe à Athènes. Il continue de construire des œuvres monumentales dont Puberté à Lisbonne, Paix à Budapest et L’Oiseau Impossible à Sapporo. En 1978, il est nommé grand prix de la Biennale des Arts de la Rue et Docteur Honoris Causa à l’Académie Royale de la Haye. En 1981, la monnaie de Paris coule une trentaine de ses médailles et il reçoit la visite ainsi que des commandes de François Mitterrand.

Il meurt à Paris en 2001.

La Danseuse

Sculpture

Toros Rasgélénian

La statue en bronze La Danseuse (lors d’un entretien, le sculpteur révèle que pour lui « La danse est une prière ») se trouve allée d’Arménie dans un hémicycle boisé bordant un bassin d’orage en contrebas, aménagé pour lutter contre des crues centenaires. Au bas de la statue, quelques lignes d’Alexandre Dumas, extrait de Le Caucase, publié en 1859 : « C’est en Arménie qu’était situé le paradis terrestre. C’est en Arménie que prenaient leur source les quatre fleuves primitifs qui arrosaient la terre. C’est sur la plus haute montagne de l’Arménie que s’est arrêtée l’arche. C’est en Arménie que s’est repeuplé le monde détruit. »

À l’origine de ce projet, Gérard Mavian, conseiller municipal, qui, dans la perspective de la commémoration du centenaire du génocide arménien (1915) demande à Vincent Delahaye, maire de Massy, de marquer cet évènement. 

Après des recherches effectuées par le Directeur de Cabinet, le sculpteur Toros est choisi car il avait déjà réalisé des œuvres en France sur le même thème, en particulier à Marseille, le premier monument au monde commémorant ce génocide. L’inauguration de la statue a eu lieu en 2008.

Toros Rasguélénian, dit Toros Rast-Klan, dit Toros (nom d’un oncle qui mourut brûlé dans une église avec trois cents enfants lors du génocide) est né à Alep (Syrie) le 12 décembre 1934 dans une famille arménienne modeste originaire d’Ourfa. Il quitte l’école à 11 ans et exerce divers métiers avant de travailler le métal : soudeur à l’arc, serrurier, ferronnier. 

À 25 ans, il a sa propre entreprise de ferronnerie et fabrique des lits et des poêles. Au cours d’un voyage en Arménie (alors en URSS) en 1962, il découvre la statue équestre de David de Sassoun, héros d’une épopée populaire arménienne, qui est pour lui une révélation. De retour à Alep, il se met à la sculpture du métal, réalise des fontaines et après plusieurs expositions, il obtient en 1966 le premier prix de sculpture pour L’Émancipation de la femme arabe. En 1967, il décide de se rendre en France pour suivre des études artistiques. Il rencontre des peintres et des sculpteurs qui le dissuadent d’entrer aux Beaux-Arts. Il s’installe à Valence, puis à Romans dans la Drôme, dans une région où s’est établie une importante communauté arménienne. Toros œuvre beaucoup dans le souvenir de ses racines. Mais il convient de rappeler également l’importance des femmes dans son œuvre (la rencontre de Marie, son épouse, aura été pour lui déterminante) : courbes rondes révélant la douceur des femmes, lignes souples renvoyant toujours au commencement, à la mère. Pour Toros, « Le corps des femmes appartient à l’humanité ». Il est aussi l’auteur du trophée Toros décerné chaque année à Marseille pour récompenser les meilleurs auteurs de la littérature franco-arménienne. Il meurt le 29 juillet 2020 à Romans-sur-Isère. Il repose à Romans.

« Je n’aime pas les mots, mon travail parle, mes œuvres sont mes enfants » disait-il.