Skip to content

STÈLE À ROBERT DESNOS

Mechthild Kalisky

À l’origine, située à l’angle de la rue de l’Épine Montain et de l’avenue Raymond Aron, sur une petite parcelle de terrain gazonné, cette stèle est dorénavant installée près de la nouvelle Halle des Graviers, rue Jean Jaurès. Elle rend hommage à Robert Desnos, poète et résistant, mort du typhus en déportation, épuisé par les mauvais traitements et les marches forcées, au camp de Terezin en Tchécoslovaquie, le 8 juin 1945.

Longue d’environ 1,50 m et haute de près d’1 m, elle est composée de cinq feuilles de granit bleuté et comporte, gravé en bleu, un des poèmes les plus connus du poète : La Fourmi, appartenant au recueil Chantefables et Chantefleurs.

Ce monument a été réalisé en 1990 par la sculptrice allemande Mechthild Kalisky, qui vit et travaille à Paris, à la demande de Julia Tardy-Marcus, habitante de la résidence de l’Épine Montain depuis sa création en 1958, et amie du poète. 

Artiste allemande engagée, la jeune Julia Marcus entre en 1927, à 22 ans, au Städtische Oper de Berlin et y monte un spectacle intitulé Danses grotesques, où elle parodie Hitler. D’origine juive, membre du parti communiste et opposée au régime nazi, elle est renvoyée de l’Opéra de Berlin en 1933 et condamnée à l’exil. Réfugiée à Paris, elle devient l’amie de nombreux artistes et intellectuels et, en particulier, de Robert Desnos et de sa femme Youki. 

Quand Robert est arrêté par les nazis, elle est l’interprète de Youki dans ses démarches administratives. C’est ainsi que se sont enracinés son attachement personnel au poète Robert Desnos et son souhait de lui rendre hommage.

Pour que ce projet de stèle soit mené à bien, il a fallu une importante rentrée d’argent. Or, il se trouve que, dans les années 1980, le gouvernement allemand a décidé d’attribuer une indemnisation pour les préjudices causés par le régime nazi dont a pu bénéficier Julia, qui à l’époque était retraitée, veuve et sans famille à charge.

Cette stèle a été inaugurée le 10 juin 1990 en présence de Claude Germon, maire de Massy, et de membres de l’Association des Amis de Robert Desnos. Julia a légué la stèle à la commune de Massy qui en est donc devenue propriétaire en 2004.

Quant à la « fourmi de dix-huit mètres », à un interlocuteur, étonné par une fourmi d’une telle envergure, Robert Desnos répondit un jour : « Mais mon p’tit gars, faut pas tout prendre au premier degré, c’est peut-être une locomotive ! » Comme celles qui partaient vers la Pologne ? s’interrogent certains « Eh ! Pourquoi pas ? » D’ailleurs, en 1943, au moment où il écrivait les Chantefables et Chantefleurs, ne donnait-il pas une clé de lecture pour ses poèmes dans cette note : « Théorie du double sens indispensable à la poésie. »