L’ARCHE DE NOÉ
Henri Roger-Bertrand
La résidence de l’Épine Montain – 194 logements – présentait à elle seule, jusqu’en 2021, deux œuvres d’art d’origines bien différentes : l’Arche de Noé et une stèle à Robert Desnos.
La première est une structure en béton de 4 m de haut sur 2 m de long implantée au cœur de la résidence, au square de l’Alliance.
À l’origine, cette sculpture représentait un bateau avec un mât soutenant une voile ; sue ce bateau se trouvait Noé, une colombe prête à s’envoler dans les mains. L’inspiration évidemment religieuse peut surprendre en ce lieu. L’explication en est que la coopérative HLM qui a construit la résidence, l’Habitat Communautaire, est née au sein du mouvement chrétien Vie Nouvelle.
Les archives de la résidence ne fournissent aucun renseignement sur le sculpteur. La tradition orale attribue l’œuvre à Henri Roger-Durand, artiste né en 1926 à Bellac et décédé à Canet-en-Roussillon en 1999. Il obtint en 1944 un CAP de sculpteur sur bois à l’École Boulle, à Paris. Sa production artistique répertoriée par Artprice commence en 1947.
Le don de l’Habitat Communautaire n’a pas été apprécié : comme le montrent les archives, l’AFAC – Association Familiale d’Auto-Construction – à l’origine de la résidence et le Comité de Gestion l’ont refusé ! Les explications fournies par les souvenirs des uns et des autres sont diverses : l’Habitat Communautaire aurait tenté de la faire financer par les allocataires ; certains ont critiqué l’inspiration clairement judéo-chrétienne ; la statue aurait déjà été refusée par deux autres résidences.
Pendant longtemps, ce monument qui n’était pas le bienvenu n’a pas été entretenu et, dans les années 1990, il est très dégradé.
Mais, jusqu’en 1990, il a été le seul monument du quartier des Graviers. Par la force de l’habitude sans doute, parce qu’il sert de repère, parce qu’il peut être interprété comme un symbole de paix et de solidarité, il a peu à peu été accepté par les résidents.
En 1993, c’est l’AFAC devenue amicale des résidents qui a entrepris la rénovation de la statue. Dossier de demande de subvention, intervention de personnel en insertion, disparition du mât : les travaux n’ont été achevés qu’en 1997. En 2005, c’est à nouveau l’AFAC qui a entrepris son nettoyage par une équipe de bénévoles. En 2001, elle en a même fait son logo.