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AMIRAL DOUBITCHOU

Alexandre Perigot

Depuis 2022, une fresque longue de 400 m et de 2,20 m de haut décore la palissade métallique qui borde le boulevard Eugénie Eboué-Tell, lequel fait depuis peu le lien avec Massy-Europe.  Elle protège le terrain de dépôts de terres d’Yprema, entreprise de recyclage et transformation de matériaux de déconstruction. En face se trouve le secteur commercial de Leroy-Merlin. La palissade est recouverte, en peinture aérosol, de grands aplats de couleurs d’une grande variété, dont une gamme de marrons qui répond à la butte de terre en arrière-plan. Dessus sont inscrits au pochoir des mots en grands caractères blancs, tous des mots du français courant d’origine étrangère.

Cette œuvre répond à une commande faite par Paris Sud Aménagement et la Ville de Massy à l’artiste Alexandre Périgot habitant de Palaiseau. Né en 1959, travaillant à Paris et en Corse, Alexandre Périgot est un artiste de réputation internationale. Sa biographie présente de nombreuses expositions collectives et personnelles partout en France, dans plusieurs pays d’Europe et au Japon. Citons La maison de Dalila au Centre Pompidou (2000), la participation aux biennales (2003 à 2013), Mon nom est personne au MUCEM (2020). Il produit aussi des vidéos. Il transmet son art et sa philosophie grâce à des ateliers et des conférences. Selon le site Tchikebe, « Périgot cherche à détourner le phénomène de starisation. Cette fascination pour la célébrité est scénarisée dans des performances et des installations qui mettent en exergue le paradoxe attirance / répulsion de cette popularité. Pour détourner les regards, il oriente les projecteurs sur les anonymes, et questionne les mécanismes qui provoquent cette occultation de l’identité, qu’elle soit volontaire ou non ».

A Massy, il reprend une idée initiée à Marseille en 2019 face au MUCEM : avec l’Amiral Doubitchou, des mots peints au pochoir sur des containers allaient voguer sur des cargos. Ici, avec l’aide d’une équipe de six personnes, il fait accoster l’Amiral Doubitchou dans un environnement en pleine transformation. De voyage, il n’est pas question dans ce quartier de bureaux et de petites entreprises, et pourtant, comme l’indique le panneau explicatif au début de la fresque, « chacun de ces mots nous transporte à la réflexion, au sens et à l’origine, pour que chacun puisse voir le territoire comme la convergence de toutes les cultures. C’est aussi la voie tracée par Eugénie Eboué-Tell », « figure de la culture noire et militante féministe ». « Chacun des mots comme anorak, label, cric, bricole, hamac, ski, divan, etc. est une invitation à penser la langue française et découvrir la part étrangère qui l’enrichit ; 30 % des mots que l’on emploie proviennent de l’étranger, ils sont d’origine italienne, anglaise, slave, persane, arabe, chinoise, espagnole, haïtienne, etc. Amiral Doubitchou touche à la question de l’identité liée à notre langue, non comme un repli mais comme la possibilité d’une rencontre… »